Hors du temps

Affiche Hors du temps
Réalisé par Olivier Assayas
Pays de production France
Année 2024
Durée
Genre Comédie
Distributeur Adok Films
Acteurs Vincent Macaigne, Micha Lescot, Nora Hamzawi, Nine d’Urso
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 924

Critique

Reposant sur des éléments autobiographiques, Hors du temps raconte, par la fiction, le confinement d’Olivier Assayas dans la maison de son enfance.

Une succession de plans fixes, dans la séquence initiale, donne à voir les environs proches (la forêt, le domaine des voisins, avec une mare, un tennis, des arbres entre autres) de la maison familiale, dans la vallée de la Chevreuse, dans laquelle le réalisateur a grandi. La voix de ce dernier, par un commentaire en voix over plus encyclopédique qu’intime laissant passer peu d’émotions, rompt l’enchantement de la nature, empêchant le rapport immédiat à l’image. Le souvenir des absents, parents et voisins décédés, est aussi actualisé par la parole, à partir des lieux et des objets qui en gardent la trace.

À ces éléments autobiographiques, le cinéaste mélange de la fiction, en choisissant des acteurs pour rejouer son confinement au sein de la demeure. Ainsi, Vincent Macaigne (Paul) sera le double du cinéaste, Micha Lescot (Etienne) celui de son frère tandis que Nine d’Urso (Morgane) et Nora Hamzawi (Carole) joueront leur compagne respective. Le quotidien est ponctué des rendez-vous de Paul avec sa psychiatre, de cours de yoga et de tensions des deux frères autour des précautions à prendre ou non au début de la pandémie. Ce désaccord, ainsi que les achats compulsifs de Paul sur Amazon, qui exaspèrent son frère, confèrent au film des touches comiques bien trop vite noyées par des conversations aux références littéraires, musicales et picturales, dont il est souvent difficile de comprendre la fonction, sinon de caractériser les personnages ou leur double - et ce de manière peu reluisante. La mise à distance à quelques occasions de ce «name-dropping» (par les remarques que fait Morgane à Paul lorsqu’il cite à tout va le peintre David Hockney ou qu’il conseille à l’antenne un livre qu’il n’a pas lu) ne semble pas empêcher la complaisance. Notamment lors d’une soirée, la première qui est représentée, et durant laquelle les deux frères se remémorent avec amusement des souvenirs d’enfance, avant de citer et écouter plusieurs morceaux de musique que leur partenaire, évidemment, ne parviennent à identifier aussi brillamment qu’eux. Les personnages sont ainsi peu sympathiques, hormis Nora et Morgane, et l’intérêt pour leurs préoccupations, inexistant. Vincent Macaigne sauve néanmoins son personnage, par son flegme, sa fragilité et la justesse de son jeu. Quant à celui de son frère, qu’Olivier Assayas prétend pourtant, lors d’un entretien avec Adrien Bosc, avoir façonné avec précaution est insupportable. Sans précaution, aurait-il été plus colérique, plus de mauvaise foi, plus hautain encore? Quelques plans demeurent toutefois lumineux, comme lorsque Paul, en visioconférence avec sa psy, est, dans un plan d’ensemble, inscrit au milieu de la nature (avec des feuilles qui le cachent en partie, un arbre à droite du cadre, des fleurs clochettes à gauche). Contrairement à d’autres œuvres du réalisateur (comme Sils Maria ou Doubles Vies), le film s’inscrit dans un temps qui s’écoule avec difficulté, et dont on peine à déterminer le public cible - malgré sa sélection en Compétition à la 74e édition de la Berlinale.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 8