Paradis Paris

Affiche Paradis Paris
Réalisé par Marjane Satrapi
Pays de production France
Année 2024
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur Frenetic
Acteurs Monica Bellucci, André Dussollier, Eduardo Noriega
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 923

Critique

Dessinatrice, scénariste et cinéaste, Marjane Satrapi nous avait enchantés avec Persepolis (la BD et le film) et Poulet aux prunes, œuvres dans lesquelles elle nous parlait de son Iran natal, de ses souvenirs et espoirs liés à ce pays. Elle passe à autre chose et se lance dans le film choral à sketches entremêlés. On aurait adoré adorer, mais malheureusement, si elle a plusieurs histoires à raconter, elle n’a pas grand-chose à dire en dehors de «soyez heureux». C’est louable, mais la démarche demandait plus de développement.

Le présentateur d’une émission télévisée criminelle; un veuf inconsolable; un maquilleur thanatopracteur qui se consacre désormais aux vivants; un cascadeur qui ne fera jamais sa cascade; une belle-mère fantasque qui fait des clins d’œil à Dieu pour vivre encore quelques années; une adolescente suicidaire ou une ancienne diva dont la fausse rumeur de sa disparition ne provoque, à son grand regret, aucun remous dans la presse. Tous ces personnages qui ne se connaissent pas, en tout cas au début, n’ont qu’une chose en commun: leur manière de côtoyer, d’appréhender, de moquer, de craindre ou ne pas craindre la mort. Le tout raconté avec une volonté évidente d’humour et de tendresse. Mais si chacun ou presque de ces différents récits aurait pu constituer un court métrage extrêmement réjouissant, leur mélange noie le film dans une sorte de magma qui ne va réellement nulle part. Et cela malgré des personnages qui avaient pourtant des choses à dire, le plus drôle, le plus fouillé étant celui de l’ado kidnappée qui va rendre dingue son ravisseur en l’utilisant comme un psy. C’est lors de ces scènes que l’humour éclate, alors qu’il demeure très gentil le reste du temps, malgré des idées amusantes. Finalement, le plus ironique est le titre du film, puisque la ville n’est pas montrée comme un paradis, mais plutôt comme un monstre froid qui n’est peuplé que de nombreuses solitudes.

L’écrin est luxueux. Plusieurs visages connus, André Dussollier, Alex Lutz, Roschdy Zem, Rossy de Palma, Monica Bellucci ou le toujours excellent Eduardo Noriega. Une bande originale diversifiée, mais omniprésente cependant. Lors de plusieurs séquences où le silence aurait été bienvenu, la mise en scène souligne les images avec du rock ou des rythmes sud-américains explicatifs.

Marjane Satrapi a trouvé comment terminer son film de la bonne manière: elle applique la recette Claude Lelouch. Les différents protagonistes découvrent entre eux des liens qu’ils ne soupçonnaient pas, les petites histoires commencent enfin à en former une plus grande, le récit prend corps, mais trop tard. On a aussi un choc avec la mort d’un personnage qui n’est pas du tout celui (ou celle...) qu’on attendait. Mais si le dernier quart d’heure dans Les Uns et les autres, par exemple, provoque mille réflexions, émotions et crises de chair de poule, Paradis Paris reste dans le gentillet et, malheureusement, le simpliste. On passe du tout noir au tout blanc, et c’est ce manque de nuances, de demi-teintes, qui empêche le film d’être une chronique totalement convaincante. On peut rêver à ce qu’auraient fait Jarmusch, Lelouch ou Fellini de ces tranches de vie.

Philippe Thonney

Appréciations

Nom Notes
Philippe Thonney 11