La Fleur de buriti

Affiche La Fleur de buriti
Réalisé par Renée Nader Messora, João Salaviza
Titre original CROWRÃ - THE BURITI FLOWER
Pays de production Brésil, Portugal
Année 2023
Durée
Genre Docu-fiction
Distributeur trigon-film
Acteurs Patpro Krahô, Hyjnõ Krahô, Tehtikwij Krahô, Kôtô Krahô, Cruwakwij Krahô
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 923

Critique

Entre onirisme et militantisme, La Fleur de buriti retrace 80 ans d’histoire de la tribu brésilienne des Krahôs. À travers des séquences riches en texture visuelle et sonore, cette saisissante ethnofiction, primée à Cannes en 2023, dévoile la relation intrinsèque que cette communauté nourrit avec la nature et démontre une conception autre du monde, résolument anticapitaliste.

Après Le Chant de la forêt (2018), Renée Nader Messora et João Salaviza proposent une nouvelle immersion dans la tribu des Krahôs. Deuxième volet d’une future trilogie, ils ont repris leur recherche en effectuant une étude plus approfondie de certains faits historiques et des conflits générationnels de cette communauté du Tocantins, région de la forêt amazonienne au nord du Brésil. Représentant ses membres à la fois en sujets et en acteur·trice·s, le film atteste leur participation active à la narration. En tant qu’ethnofiction, La Fleur de buriti mêle documentaire et fiction, et établit de ce fait une anthropologie visuelle dans laquelle les autochtones jouent leurs propres rôles au sein du groupe social.

Trois membres occupent toutefois une place prépondérante. Patpro Krahô, une mère qui souhaite soulever une action militante de son peuple face à la déforestation massive de l’Amazonie perpétrée par l’administration de Jair Bolsonaro. Hyjnõ Krahô, son oncle, qui contribue à défendre son territoire quotidiennement contre diverses agressions et vols des nombreux braconniers dépouillant la région de sa faune. Tous deux assisteront à une marche de protestation nationale de toutes les tribus autochtones à Brasilia, avec la volonté de créer également des alliances avec certaines d’entre elles. Et Jotàt Krahô, la fille de Patpro et nièce de Hyjnõ, qui ne cesse d’être hantée par les esprits des Ancien·ne·s. Des mauvais rêves qui traduisent des angoisses ancestrales, un trauma générationnel provoqué par les massacres continus de son peuple. Le film montre trois périodes centrées sur des faits historiques marquants: la tuerie de 1940 perpétrée par des agriculteurs (des colons blancs), l’oppression durant la dictature militaire de 1964 et les combats politico-environnementaux contemporains. Certains de ces événements sont d’ailleurs mis en scène. Ce qui constitue, avec les expériences extracorporelles chamaniques de Hyjnõ, une hybridation filmique.

Ainsi, La Fleur de buriti donne à voir leur lutte continue pour la survie, leur résistance (symbolisée par la séquence finale de l’accouchement) et pour la préservation de leur environnement. Menacée depuis des années par le gouvernement brésilien, les éleveurs de bétail et l’industrie agroalimentaire, cette tribu autochtone mène son combat à l’aide de la technologie. Ce qui déconstruit la représentation stéréotypée et eurocentriste de «l’indigène nu» vivant dans un passé archaïque. Tant s’en faut, car les Krahôs se servent de la technologie, avec des drones par exemple, pour mieux défendre leur territoire. Entre tradition pérenne et activisme, un double mouvement s’effectue, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de cette minorité, dévoilant de ce fait les problématiques culturelles et environnementales en cours. La relation intrinsèque et immuable que cette communauté nourrit avec la nature est sublimement exprimée par une stratégie cinématographique sensorielle. À l’instar de Jean Rouch, Nader Messora et Salaviza privilégient le format substandard du 16 mm car il restitue plus fidèlement «la perception sensible» du monde qu’ont les Krahôs, selon Philippe Descola. Alors que la caméra rend «visible l’invisible», leur pratique filmique souligne également l’importance des sons, essentiels à leur vie. Dès lors, la grande minutie apportée au paysage sonore et visuel aide à restituer de la dimension animiste, poétique et profondément mystique de leur histoire et de leurs rituels.


Kim Figuerola

Appréciations

Nom Notes
Kim Figuerola 16
Julien Norberg 15