Série Ripley

Affiche Série Ripley
Réalisé par Steven Zaillian
Pays de production États-Unis
Année 2024
Durée
Musique Jeff Russo
Genre Thriller
Distributeur Netflix
Acteurs Dakota Fanning, Andrew Scott, Johnny Flynn
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 922

Critique

SAISON 1

8 épisodes

de 44 à 76 minutes

Ripley, série produite par Netflix, rejoue l’histoire d’un affabulateur hors normes. Dans une Italie en noir et blanc, un jeune New-Yorkais qui vit d’arnaques minables élimine un riche héritier pour prendre sa place.

Tom Ripley, héros de cinq romans de Patricia Highsmith entre 1955 et 1991, et d’autant de films, est désormais le protagoniste d’une série. Depuis le mois d’avril dernier, Netflix diffuse une nouvelle version inspirée par l’ouvrage qui a inauguré le cycle - The Talented Mr Ripley - où le personnage vivant d’expédients à New York se substitue à un riche héritier américain, après l’avoir tué en Italie. La série en huit épisodes intitulée sobrement Ripley, est l’œuvre de Steven Zaillian. Le scénariste oscarisé, pour La Liste de Schindler notamment, y sonde les errements existentiels, la confusion des genres, les dérives criminelles de Ripley.

Convaincu que ce dernier est un ancien camarade d’études de son fils Dickie, exilé dans une superbe villa sur la côte napolitaine, un magnat de l’industrie navale charge le jeune homme de le ramener à New York. Tom traverse l’Atlantique, retrouve Dickie, qui se rêve en peintre, et découvre la beauté diaphane de Marge, apprentie romancière et compagne du rejeton en cavale. Chaperonné par Dickie, Tom goûte aux plaisirs mondains et succombe au génie crépusculaire de Caravage dans un paysage sublime entre ciel et mer. Irrésistiblement, Tom s’imagine en Dickie: millionnaire oisif dans une Italie transformée en songe shakespearien; de Naples, en passant par Rome, Palerme, pour aboutir in fine à Venise.

Sans véritable plan, au gré des occasions, non sans maladresse, Ripley assassine Dickie lors d’une sortie en bateau au large de Sanremo, où les deux sont en villégiature. Il élimine ensuite un ami proche de Dickie, Freddie, à deux doigts de deviner son crime. Quant à Marge, elle rentrera aux États-Unis, sans pouvoir prouver la culpabilité de Ripley. L’issue indécise, comme en suspens, de la série laisse la porte ouverte à des suites. On sait que le projet existe d’adapter les quatre volumes restants du cycle imaginé par Patricia Highsmith.

Pour ce premier essai, le format long permet à Steven Zaillian de sublimer le trouble, les ambiguïtés et la part sombre qui labourent le roman. Tom et Dickie jouent au chat et à la souris, comme Tom et Marge, comme Tom et l’inspecteur Ravini. Comme Tom avec lui-même. Les non-dits, les soupçons, les amours suggérées, refoulées (homosexuelles?) s’évaporent dans le noir et blanc, dans lequel la série a été tournée, qui fait fi de la couleur, trop explicite. Les meurtres de Dickie et de Freddie, de longues séquences quasi en temps réel, s’écoulent dans cette tonalité fluide et équivoque, jusqu’à l’insoutenable. L’effroi est palpable autant que l’amateurisme, virant à l’humour noir, du meurtrier.

À l’écran, Andrew Scott - inquiétant Jim Moriarty, ennemi juré de Sherlock Holmes, dans la série diffusée entre 2010 et 2017 - donne corps à un Ripley polymorphe. Andrew-Tom arbore à la fois une candeur enfantine quand il se glisse dans la peau de Dickie et une détermination féroce lorsqu’il s’agit de supprimer les obstacles sur son chemin.

Au bout du compte, Ripley finit par évoluer dans un univers semblable aux constructions impossibles de M.C. Escher, dont on ne peut discerner l’architecture. Au cours de son périple, Tom monte et descend un nombre incalculable d’escaliers. De la même manière, il frôle à tout moment le sublime avant de basculer dans le sordide, pour en émerger aussitôt et plonger à nouveau, à l’infini. En ce sens, la série de Steven Zaillian transforme un personnage culte en archétype tragique.

Marco Danesi

Marco Danesi