Resilient Man

Affiche Resilient Man
Réalisé par Stéphane Carrel
Pays de production France, Royaume-Uni
Année 2024
Durée
Genre Documentaire
Distributeur Filmcoopi
Acteurs Steven McRae
Age légal 8 ans
Age suggéré 10 ans
N° cinéfeuilles 921

Critique

Revenant sur le parcours du célèbre danseur étoile Steven McRae, en particulier ses efforts pour retourner sur scène après une blessure grave au tendon d’Achille, Resilient Man ne dépasse malheureusement pas le geste hagiographique.

La première limite de la mise en scène adoptée par Stéphane Carrel consiste en son point de vue, la caméra semblant en effet obnubilée par le corps de sa muse. En témoignent parfaitement les différentes séquences de danse, d’une patine lyrique qui épouse totalement la virtuosité de Steven McRae. Filmage de près, vissé directement sur la chair du danseur, captation du souffle inhérent à la danse classique: le film colle à son personnage au point d’en oublier toute distance, et donc toute acuité. Car l’admiration, si elle peut être un formidable moteur esthétique, fait aussi dans bien des cas obstruction au regard du spectateur.

Ce manque de distance fait prendre au film les sentiers balisés du portrait élogieux de l’homme d’exception - qu’il soit sportif, artiste ou, comme c’est ici le cas avec Steven McRae, à l’intersection des deux. Ce portrait est d’ailleurs, erreur fatale, délégué au protagoniste lui-même - il prend en charge la voix off, parle de lui face caméra ou en discussions avec ses proches -, lequel a dès lors tout loisir d’écrire son autolégende. Légende peu originale, maintes fois vue au cinéma et en parfaite continuité avec la mythologie néolibérale: celle de l’homme résilient, surpassant les obstacles grâce à sa force de travail et son abnégation. Cette individualisation opérée par le métrage expulse ainsi de lui toute historicité, Steven McRae apparaissant devant la caméra de Carrel comme une figure iconique, un héros atemporel. Resilient Man prend ainsi le chemin inverse à celui pris par Toute la beauté et le sang versé (2022), le magnifique documentaire de Laura Poitras, qui, si lui aussi était concentré sur sa muse Nan Goldin, avait la puissance de retranscrire à travers elle les battements de cœur de tout un bain culturel, social et politique.

En bref, nous ne nous souviendrons pas de Resilient Man pour son regard contextuel. Cependant, et pour finir, nous lui concéderons malgré tout un mérite: celui de documenter l’exigence dingue requise par la danse classique et les stigmates corporels qu’elle provoque. Blessures, déchirures, meurtrissures: le film regagne en intérêt si on le voit comme une œuvre sur l’aventure d’un corps saccagé par les instances de la danse classique, lesquelles ne protègent pas suffisamment leurs étoiles. Ce propos est certes élémentaire, mais il permet au métrage de prendre de l’épaisseur par rapport à son programme hagiographique.

Tobias Sarrasin

Appréciations

Nom Notes
Tobias Sarrasin 9