Challengers

Affiche Challengers
Réalisé par Luca Guadagnino
Pays de production États-Unis
Année 2023
Durée
Musique Atticus Ross, Trent Reznor
Genre Drame, Romance
Distributeur Warner Bros.
Acteurs Zendaya, Josh O’Connor, Mike Faist
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 921

Critique

Dans ce «Jules et Jim» bling-bling, Tashi Duncan (Zendaya) trône au milieu d’un combat de coqs entre le minet à la gueule d’ange, Art Donaldson (Mike Faist), et le bad boy loseur, Patrick Zweig (Josh O’Connor). Challengers aborde le tennis et sa compétitivité à outrance, dans un vacarme amoureux qui éreinte et finit par nous assommer avec son esthétique pubarde et trendy.

Mais jusqu’où ira le soldat Guadagnino pour s’enfoncer toujours plus dans la vacuité d’un pseudo-cinéma auteuriste, prétentieusement moderne, mais surtout parfaitement arriviste. Dans Call Me By Your Name il surfait sur le Chalamet show et une romance gay qui suintait le forçage, se ratait lamentablement en osant le remake de Suspiria de Dario Argento, puis de nouveau, en étant faussement subversif avec le cannibalisme et la violence gratuite de Bones And All l’année dernière. Son cinéma semble gangréné par l’appât du buzz, de l’image reine, il se rêve «générationnel» mais en pompe le pire de ses codes, use de la star en vogue (avant Chalamet, aujourd’hui Zendaya), et abreuve son film d’une (superbe) bande-son du branché Trent Reznor, mais jusqu’à nous en dégoûter. Guadagnino rajoute une pincée de sexe pour exciter les réseaux sociaux (cette langoureuse scène d’embrassade entre Mike Faist et Josh O’Connor), usine à mèmes confondant tristement vulgarité et érotisme, et n’arrivant jamais à faire naître le charnel et la chaleur du désir dans ce trio glaçant de calcul compétitif.

Même dans sa quête opportune de mise à jour «génération Z», Guadagnino standardise sa pensée de boomer en repentance: il inverse certes les rôles, élève la femme au-dessus de la mêlée machiste, mais en épouse tous les travers dans une stéréotypisation hétéronormée, où la femme est objectivée en trophée. En contrepoint, il confère au film une tension homosexuelle lourdingue entre Faist et O’Connor, là encore, pour la finesse, on repassera. Entre la scène de sauna, l’anecdote de la masturbation commune, les embrassades, et le partage de churros phalliques, tout est grossier et ringard. Le cinéaste finit même par réduire Zendaya en une futile calculatrice et cette moralisatrice scène où elle dévisage sa fille et son mari endormis côté à côte en générant une culpabilité religieuse après l’avoir trompé. Là aussi, cette vision rétrograde se fracasse avec cette prétendue idée libertaire du «trouple».

Objet marketing, longue pub Uniqlo et ses placements de produit (Chanel et compagnie), Challengers est le miroir Instagram de tout ce qui ne fait pas le cinéma: l’esthétisation clipesque, l’arrivisme du message, et la vacuité de son sens.

Pierig Leray

Appréciations

Nom Notes
Pierig Leray 6