Utopia Blues

Affiche Utopia Blues
Réalisé par Stefan Haupt
Pays de production Suisse
Année 2001
Durée
Genre Drame
Acteurs Jennifer Peedom
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 436

Critique

"UTOPIA BLUES, film suisse, ne suit pas les traces (et certains penchants) d'un certain cinéma de chez nous qui, parfois à tort, fait hésiter le public. Au contraire: le film de Stefan Haupt est l'œuvre d'un cinéaste qui a quelque chose à dire, et qui l'exprime avec netteté. Pas de temps mort, pas d'états d'âme flous ou de réflexion oiseuse, pas de mots de trop: l'histoire de Rafael Hasler (Michael Finger) suscite l'intérêt, le jeu des acteurs est excellent. Le film a d'ailleurs décroché le Prix du cinéma suisse (meilleur film) aux dernières Journées cinématographiques de Soleure.

Rafael est un adolescent de 18 ans qui peine à devenir adulte. UTOPIA BLUES s'attache aux pas de ce garçon, passionné de musique rock au point de vouloir partir en tournée mondiale avec son groupe ""Utopia Blues Band"". Mais l'école, sa mère et l'entourage ne sont pas de cet avis, et les difficultés vont surgir d'autant plus grandes que le jeune homme, drôle et moqueur, sympathique comme tout mais prodigieusement agaçant à ses heures, baigne dans l'utopie. Une utopie qui lui jouera des tours et le marginalisera très vite. Dès lors tout s'enchaîne rapidement: révolte, internement, déprime...

D'autres personnages gravitent autour de Rafael. Sa mère d'abord, qui vit seule avec lui et essaie de faire face, tout en cherchant à l'aider. Son copain Dani ensuite, un ami qui tente sans succès de l'empêcher de ""disjoncter"". Et surtout son grand-père qui jouera un rôle stabilisateur important tant qu'il sera en vie. Sans oublier une petite amie avec laquelle Rafael semble reprendre espoir, mais qui ne pourra pas le retenir et l'empêcher de sombrer dans les chimères.

Ce portrait d'une adolescence qui refuse tout compromis n'est pas foncièrement nouveau, mais il sonne juste, ce qui fait du film de Stefan Haupt une œuvre dérangeante et utile. Image d'un mal-être et d'un malaise, UTOPIA BLUES plaide pour la survie du rêve et de la liberté. Mais Rafael a ce caractère entier et radical que l'on rencontre parfois chez les jeunes de son âge, et qui peut déclencher l'agressivité d'autrui et rendre problématique toute intégration.

Réflexion fine sur le thème de la normalité et l'anormalité, sur la définition même de l'être sain et de l'être malade, le film du cinéaste zurichois est une heureuse surprise. Une réussite qui s'appuie sur un scénario solide témoignant d'une bonne maîtrise du récit et sur une excellente direction d'acteurs. Le jeune comédien Michael Finger (Prix du meilleur acteur à Soleure, et Shooting Star 2002 à Berlin) et Babett Arens - qui joue le rôle de sa mère - sont étonnants de justesse."

Antoine Rochat