Five Nights at Freddy’s

Affiche Five Nights at Freddy’s
Réalisé par Mary Stuart Masterson
Titre original Five Nights at Freddy’s
Pays de production USA
Année 2023
Durée
Musique The Newton Brothers
Genre Horreur
Distributeur Universal
Acteurs Matthew Lillard, Josh Hutcherson, Elizabeth Lail, Mary Stuart Masterson
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 911

Critique

Adapté du jeu vidéo éponyme sorti en 2014, Five Nights At Freddy’s (dit FNAF) est un film d’horreur PG-13 ancré dans une économie au croisement entre culture internet et industrie culturelle. Malheureusement, loin de s’octroyer les libertés expressives dignes de certains fan arts/fictions/games, qui pullulent depuis la sortie du premier jeu, le film est plutôt du côté de la vache à lait pleine de compromis. Un pur produit de consommation issu du système de la machine à blockbusters hollywoodiens.

L’histoire s’inspire de quelques éléments narratifs disséminés çà et là dans le jeu. Mike Schmidt (Josh Hutcherson), qui, par un concours de circonstances d’un deuil inachevé n’a fait qu’aggraver les choses, n’a plus d’autre choix que d’accepter le poste d’un garde de nuit. Faute de quoi, il perdrait la garde de sa jeune sœur Abby (Piper Rubio). Il découvrira que son nouveau lieu de travail a la particularité d’abriter de mystérieuses poupées animatroniques. Une histoire de famille niaise au possible, mais on s’y attendait. Revenons au jeu et à son contexte pour essayer de mieux saisir le phénomène.

Dans FNAF, le jeu, nous incarnons un garde de nuit dans ce curieux établissement, et dans lequel, depuis une salle de contrôle, nous devons surveiller ces animatroniques. Tout en s’occupant de la gestion de notre électricité durant cinq nuits (en fait six), ces derniers veulent notre perte. Si la gestion des ressources pour maintenir ses joueuses et joueurs en haleine est un trope connu du jeu d’horreur, FNAF se base sur un autre principe constitutif, le «jump scare». Cette technique visant à changer brutalement une image pour nous faire sursauter, souvent accompagnée d’un «screamer» (hurlement), s’est rendue très populaire dans les débuts de YouTube. Les vidéos «trolls» se multipliaient, et les vidéos «pièges» qui abritaient des «screamers», que nous nous empressions d’envoyer à nos amies et amis pour les piéger à leur tour, étaient une sorte de prédécesseurs du plus récent «Rick Roll». Et c’est dans ce contexte que FNAF, le jeu, s’inscrit également. Ce jeu s’est avant tout fait connaître sur YouTube, durant la grande époque des «let’s players», des vidéastes spécialisés dans la production de contenus visant à réagir à des jeux vidéo, notamment d’horreur. Ils produisaient alors ces vidéos à la chaîne, car ces pratiques commençaient à devenir très lucratives sur YouTube. Du côté spectateur, nous jouissions de ces effets de peur, et ce, grâce à la compagnie de notre vidéaste préféré et de sa communauté, avec lesquels nous pouvions interagir en commentaire ou sur d’autres réseaux sociaux. Bien entendu, plusieurs jeux, dont FNAF fait partie, profitent de cet engouement pour se franchiser.

Nous l’avons compris, loin d’être une simple «mauvaise» adaptation, FNAF, le film, s’inscrit en fait dans un système. En allant voir le film en salle, nous retrouvons ce plaisir d’une expérience partagée. Loin d’être juste un film, il s’agit surtout d’une véritable légitimation de ces communautés préexistantes, mais aussi un espace de rencontre. Il est, par ailleurs, évident que le marketing du film profite de ce terreau fertile. Dommage que l’œuvre n’ait pas mieux exploité ce phénomène. Nous voyons pourtant, avec le personnage de l’enfant-artiste et son rapport aux animatroniques, car elle sera la première à ne pas s’en méfier. Il existe un phénomène dans lequel les fans de l’univers de FNAF s’emparent des ennemis du jeu pour en faire de véritables icônes. Cet aspect-là, le film en fait un discours mielleux sur le pouvoir communicationnel des images. Au lieu de développer un discours réellement intéressant sur notre rapport aux images franchisées, au niveau métatextuel par exemple (ce serait trop beau), nous avons droit à ce qui semble être plus de deux cents plans contemplatifs de Josh Hutcherson en voiture. Ce même acteur, qui a construit sa carrière à jouer les beaux garçons pour un public assez jeune, semble être, en fin de compte, bien à sa place dans cette œuvre, et dont sa seule réussite est celle d’exister.

Ani Gabrielyan

Appréciations

Nom Notes
Ani Gabrielyan 5