Beyond Tradition - Kraft der Naturstimmen

Affiche Beyond Tradition - Kraft der Naturstimmen
Réalisé par Rahen von Gunten, Lea Hagmann
Titre original Beyond Tradition - Kraft der Naturstimmen
Pays de production Suisse
Année 2023
Durée
Musique Daniel Herskedal, Marja Mortensson, Hitziger Appenzeller Chor , Jugendchor Tutarchela
Genre Documentaire
Distributeur ExtraMileFilms
Age légal 8 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 908

Critique

Ça commence par une plongée plutôt réjouissante au cœur du folklore des Alpes suisses, de ses sonorités et de ses paysages majestueux. Comme un air déjà vu au cinéma entre Drii Winter (Michael Koch, 2022) et aussi génial que surprenant Heimatklänge (Stefan Schwietert, 2008).

S’intéresser aux traditions comme des expériences vécues qui sont constitutives de celles et ceux qui les portent, plutôt que comme des pièces de musée, ou des potentiels zoos humains destinés au surtourisme instagrammable est un point de départ réjouissant du point de vue du discours et de la démarche. De plus, l’idée de mettre en lien, et en regard les chants traditionnels et ceux qui les font vivre dans différentes régions d’Europe, des Samis en Scandinavie, à la Géorgie, paraît plutôt heureuse et prometteuse. Ces pratiques de chant choral ancrées dans des territoires, et des langues régionales ont des points communs, et résonnent bien entre elles au niveau musical.

Les explorer en écho est donc une démarche à saluer. C’était d’ailleurs également le propos de Heimatklänge qui amenait son spectateur s’immerger dans des univers sonores d’une incroyable épaisseur, notamment les steppes mongoles. L’écueil évité par ce dernier est d’ailleurs le principal travers du film dont il est question ici:

Le miracle, puisqu’il y a miracle, c’est que Stefan Schwietert n’a pas davantage recours au recul glaçant du pédagogue qu’à un de ces échantillonnages journalistiques si caractéristiques des nombreux documentaires, de Suisse ou d’ailleurs, qui ont peur de ne pas être compris. Le cinéaste choisit, lui, d’entrer dans l’intimité du folklore, de la partager. (…)1

Malheureusement, après une première demi-heure bien construite autour d’un protagoniste et de son entourage dans la région d’Appenzell, l’écriture du film se disperse à vouloir suivre trop de personnages dans des contextes distincts. Le propos se dilue, jusqu’à atteindre une consistance incolore tant au niveau de l’image et du son, et le film perd sa puissance et son rythme.

Malgré un montage assez heureux, et une facture formelle décente, on s’ennuie et on a l’impression de visionner une superposition de vignettes qui sont autant de portraits de chanteuses issues de ces différentes régions. C’est probablement par manque de choix d’écriture, et par manque de tri parmi des rushs riches humainement et musicalement captivants que pèche ce long métrage documentaire.

Dommage, car certains tiennent un discours intéressant sur leur rapport aux traditions, leur manière de les vivre au quotidien dans un monde toujours plus connecté et en partie coupé de ses racines terriennes. L’aspect immersif au niveau sonore reste une expérience agréable, et en fait une expérience relativement contemplative. Par ailleurs la manière d’aller au-devant de ces protagonistes, la façon minutieuse et attentive dont sont menés les entretiens dénote une démarche qui semble relever d’une véritable curiosité, et d’un sincère intérêt pour les thématiques traitées.

Enfin, en particulier la première demi-heure, et également par la suite lorsqu’il est question des Samis, l’approche consistant à présenter les hommes, et leur bétail comme un élément faisant partie d’un tout qu’est l’écosystème est plutôt habile, malin et agréable. Les chants traditionnels se fondent alors dans le décor, comme si cette bande originale faisait partie intégrante de ces paysages et participait de leur nature sublime.


1 Thierry Jobin, Heimatklänge, l’hymne à la suissitude. «D’un improbable documentaire sur la youtse, le Bâlois Stefan Schwietert réussit un renversant petit chef-d’œuvre.»

Noémie Baume

Appréciations

Nom Notes
Noémie Baume 12