Parle avec elle

Affiche Parle avec elle
Réalisé par Pedro Almodovar
Pays de production Espagne
Année 2002
Durée
Musique Alberto Iglesias
Genre Drame, Comédie
Distributeur Pathé Distribution
Acteurs Javier Cámara, Dario Grandinetti, Rosario Flores, Leonor Watling, Mariola Fuentes
N° cinéfeuilles 435
Bande annonce

Critique

Tout sur ma mère avait raflé plus de quarante distinctions dont - il faut le rappeler bien haut tant les médias (et le cinéaste lui-même) sont pudibonds à ce propos - le Prix du Jury oecuménique du Festival de Cannes 1999. Est-ce d'être devenu quinquagénaire? Toujours est-il qu'Almodovar nous fait le cadeau d'un regard tendre et pacifié sur les êtres ainsi que d'un film d'amour (ou d'un mélodrame sans pathos) particulièrement accompli.

Cela commence, et il fallait oser, par une longue séquence du ballet ""CaféMüller"" de Pina Bausch, d'une beauté confondante. La caméra s'attarde sur deux spectateurs assis côte à côte mais ne se connaissant pas: l'un, Marco (Dario Grandinetti), a souvent les larmes aux yeux, l'autre, Benigno (bouleversant Javier Camara) l'observe à la dérobée avec sympathie. Puis Almodovar commence à tisser sa toile à coups de retours en arrière et de destins croisés, à l'aide d'une caméra virtuose, de comédiens exceptionnels (saluons la présence amicale de Géraldine Chaplin) et de musiques judicieusement choisies, sans parler du choix des couleurs.

Les deux hommes se rencontrent plus tard dans une clinique privée où Benigno est infirmier et s'occupe exclusivement d'une ballerine, Alicia (Leonor Watling, étonnante), dans le coma depuis plusieurs années; il lui parle, lui raconte sa vie, la bichonne avec amour. Marco, quant à lui, veille son amie Lydia (Rosario Flores), elle aussi dans le coma, femme torero écharpée par un toro qui a profité de sa déconcentration sentimentale. Commence une amitié ""aussi linéaire que des montagnes russes"", comme le dit le dossier de presse, qui atteindra des sommets d'émotion qu'il convient de ne pas dévoiler ici.

Comme à son habitude, mais sur un mode moins hystérique, Almodovar surprend son public. Il aligne adroitement personnages pittoresques et coups de théâtre, situations comiques et moments poignants. Une fois encore, il nous offre un film dans le film: une variante inattendue et très almadovarienne du bon vieux film fantastique L'homme qui rétrécissait, pastiche très réussi et percutant en noir et blanc qui fait avancer l'histoire.

Ecriture rigoureuse, personnages riches (hommes sensibles, femmes fortes), scénario profond, lyrisme maîtrisé. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas déclaré, mais cette fois, pour moi... attention, un tout grand film.

Daniel Grivel