Jungle rouge

Affiche Jungle rouge
Réalisé par Juan José Lozano, Zoltan Horvath
Titre original Red Jungle
Pays de production Suisse
Année 2022
Durée
Musique Nascuy Linares
Genre Animation
Distributeur Praesens-Film
Acteurs Álvaro Bayona, Vera Mercado, Patricia Tamayo, Emilia Ceballos, Julián Díaz, Jean-Pierre Gontard
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 882

Critique

Remarqué à la dernière édition du FILMAR, Jungle Rouge est un film d’animation hybride tourné notamment en rotoscopie. Document, plus que documentaire, sur la vie des FARC en Colombie, le film oscille constamment en fiction.

Jungle rouge couvre, entre 2002 et 2008, les dernières années de lutte révolutionnaire du commandant Raul Reyes (Álvaro Bayona) et de ses camarades, numéro 2 des FARC, qui meurt à 59 ans des suites d’un bombardement sans doute coordonné par l’armée colombienne et la CIA. Le film est basé sur une riche correspondance d’e-mails retrouvés dans l’ordinateur de Reyes qui structure chronologiquement le récit. On découvre le portrait d’un porte-parole de mouvement charismatique et complexe, conscient que la lutte est aussi une guerre d’opinion, et de l’importance des négociations liées aux échanges d’otages qui exposent doublement les forces armées: médiatiquement - ce qui peut jouer en leur faveur - et militairement - ce qui leur fait évidemment courir un risque tactique. Si le film ne revient pas en détail sur les causes historiques et politiques à l’origine des FARC, il se propose plutôt une reconstruction introspective et donc fictive du vécu d’hommes et de femmes animés par un idéal politique intransigeant, qui les condamne à la survie et à la violence (de l’extérieur mais également en leur sein).

L’animation est mixte: tous les décors ont été élaborés en studio (par image de synthèse, mais aussi dessins, peintures, etc.); les acteurs en revanche sont animés par rotoscopie, sauf, et c’est notable, lors des scènes rêvées par Paul Reyes entièrement dessinées. Ce choix esthétique, l’animation et ses différents niveaux, est particulièrement judicieux dans la mesure où il rappelle le traitement fictionnel de faits réels auxquels on ne peut accéder que de manière discontinue (par la correspondance, des témoignages, des hypothèses). Le film donne ainsi à imaginer un groupe d’humains que les convictions politiques et existentielles auront forcément isolés socialement et rendus inaccessibles; et, ce faisant, il leur redonne une parole qui aura eu tout intérêt à être politiquement transformée, mais sans tomber dans l’écueil, nous semble-t-il, consistant à prétendre restituer leur parole: les acteurs (distincts des personnages historiques, on l’aura compris) et l’animation sont là pour nous le rappeler.

On regrettera peut-être la longueur du film, relativement courte, et un tracé schématique de ces années. Non pas que les principaux événements servant à expliquer le délitement du commandant jusqu’à sa perte ne soient pas restitués - même si le spectateur qui n’est pas au fait avec le contexte socio-politique ratera certains enjeux trop rapidement mentionnés - mais surtout que la fiction n’ait pas développé certaines relations entre les différents personnages qui, eux-mêmes, mériteraient plus de profondeur; c’est peut-être ici que le film hésite entre une tentation malgré tout documentaire et une velléité romanesque qui aurait pu prendre la forme d’un biopic avec plus d’ampleur. Car la radicalité idéologique inhérente au militantisme mis en scène ici, induit des contradictions internes qui auraient pu être davantage explorées (le statut des femmes chez les FARC, les questions de fidélité et de loyauté, etc.) Il n’en reste pas moins que ce film d’animation est prenant et qu’il rend sensible aux enjeux de communication et de points de vue qui fédèrent la façon avec laquelle un mouvement politique se définit (est défini) et se voit (est vu), nouant ainsi de manière vraisemblable et problématisée, une perspective intime et utopique à des rapports de force géopolitiques.


Jonas Pont

Invité.e

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