Amen

Réalisé par Costa-Gavras
Pays de production France, Allemagne, Roumanie
Année 2001
Durée
Musique Armand Amar
Genre Drame
Distributeur Pathé Distribution
Acteurs Michel Duchaussoy, Mathieu Kassovitz, Marcel Iures, Ulrich Tukur, Ulrich Mühe
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 432
Bande annonce

Critique

Précédé par une affiche conçue par le photographe de Benetton qui fit scandale dans certains milieux intégristes de France, le dernier film de Costa-Gavras remue de sinistres souvenirs et incite à la vigilance face à certaines idéologies porteuses de mort.

Une fois de plus, l'auteur de Z ou de L'Aveu dénonce les dictatures et les atteintes aux droits et aux libertés des hommes. Mais ici il va plus loin, beaucoup plus loin, car il accuse l'indifférence des Eglises qui n'ont pas dénoncé l'holocauste et l'existence des chambres à gaz. Elles ne pouvaient ignorer cette tentative d'extermination du peuple juif.

Si le film ne renouvelle ni le genre ni le thème, et s'il aurait gagné en force en ne se perdant pas dans des détails inutiles, il a toutefois le mérite d'aborder ce sujet mille fois traité sous un angle intéressant qui nous touche bien au-delà du contexte des années 40 et de nos appartenances confessionnelles. C'est celui des compromissions, de l'indifférence feinte et des mauvaises excuses. En un mot, celui de la peur. Devant la machinerie nazie, il fallait survivre au prix de quelles lâchetés. Il est bon d'y réfléchir et hypocrite de lancer la pierre.

Costa-Gavras fait le portrait de deux hommes. L'un, fictif, un jeune prêtre italien vivant à Berlin et qui tente en vain d'inciter Pie XII à dénoncer haut et fort le génocide. L'autre, personnage réel, Kurt Gerstein, est un officier SS dont un écrivain allemand a écrit la biographie avec pour sous-titre "L'ambiguïté du bien". Ce protestant pratiquant, médecin et chimiste, se trouve impliqué malgré lui dans l'épouvantable machinerie qui conduit des milliers de juifs dans les chambres à gaz de Pologne. Témoin de ces atrocités, il tentera de saboter la livraison du gaz et alertera les siens, ses "corréligionaires" et même le Vatican. Au risque de sa vie, il tentera d'agir de l'intérieur. Pauvre petit pion, noyé dans les forces du mal. Il sera arrêté en 1945 et réhabilité 20 ans après sa mort. Le portrait qui nous en est fait ne manque pas de nuances. Cet homme est déconcertant, partagé entre le bien et le mal. Il se trouve plongé dans une solitude extrême, car personne ne l'écoute vraiment.

Nous ne voulons pas ici polémiquer sur l'attitude du Vatican durant ces années terribles. Il y a là encore des zones d'ombres. Les Eglises doivent le reconnaître en toute bonne foi (sans jeu de mots!) Il semblerait qu'à Rome on ait fait preuve d'un manque de courage, mais aussi d'un aveuglement politique. Hitler luttait contre le communisme. Quel poids pouvait avoir l'existence de ces juifs face à cette croisade contre l'URSS?

Il y a des images très fortes dans ce film tourné en partie en Roumanie avec des acteurs allemands, français et roumains qui parlent anglais. Costa-Gavras a su éviter de montrer les charniers et les convois atroces de ces familles conduites à l'abattoir. En revanche, les officiers assistant au drame par un trou pratiqué dans la paroi et collant leur œil comme par un trou de serrure est une séquence très forte. Il en va de même de ces trains qui ponctuent tout le film par leurs passages, tantôt les wagons sont fermés, tantôt au retour ils sont ouverts pour montrer qu'ils sont vides. Appuyés par une bande-son rythmée, ces convois évoquent la mécanique implacable de cette purification ethnique.

Peut-être convient-il de regretter que le film ne fasse pas la moindre allusion à ceux qui se sont efforcés de résister au risque de leur vie. De nombreux évêques en Allemagne et à l'Est ont fait des déclarations courageuses et, du côté protestant, il faut rappeler l'existence de l'Eglise confessante et la belle figure du pasteur Martin Niemöller. Mais ce n'était pas le sujet du film. Il nous place devant le sens de nos responsabilités individuelles et collectives. Il ne faut pas regarder en arrière seulement, ce serait trop facile.

Maurice Terrail

Appréciations

Nom Notes
Maurice Terrail 14
Geneviève Praplan 12
Ancien membre 12
Ancien membre 14
Anne-Béatrice Schwab 14
Serge Molla 15