La Fracture

Affiche La Fracture
Réalisé par Catherine Corsini
Titre original La Fracture
Pays de production France
Année 2021
Durée
Musique Robin Coudert
Genre Comédie dramatique, Drame, Comédie
Distributeur Agora
Acteurs Valeria Bruni Tedeschi, Marina Foïs, Jean-Louis Coulloc'h, Pio Marmai, Aïssatou Diallo Sagna, Camille Sansterre
Age légal 12 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 865

Critique

Après son très réussi Un amour impossible (2018), Catherine Corsini revient avec un nouveau long métrage, La Fracture, moins subtil, mais loin d’être pour autant inintéressant. Le problème majeur, ici, est l’abandon d’un traitement visuel suggestif aux dépens d’une démonstration déséquilibrée, parfois pontifiante, qui finit par frôler le film à thèse.

Encerclée par une caméra tournoyante au milieu d’une rue parisienne, Rafaela (Valeria Bruni Tedeschi), une dessinatrice de bandes dessinées, apostrophe Julie (Marina Foïs), sa compagne qui souhaite la quitter, de revenir. Le cœur cendré, la raison prise d’assaut par le vertige du sentiment amoureux, et l’insatisfaction d’observer celle qu’elle aime s’en aller, murée dans le silence, Raf est saisie par une pulsion de possession: elle s’accroche à un amour qui s’éloigne, à une passion qui se dérobe, à une histoire qui se conclut. Mais toute bonne histoire, me direz-vous, possède sa chute: Raf s’encouble et finit, le bras plâtré, dans le chaos de l’hôpital public, au soir d’une manifestation des Gilets jaunes. C’est donc ainsi que se met en place l’ambitieux programme du long métrage: articuler la fracture du bras de Raf tant à la fracture qui déchire son couple qu’à celle qui fracasse la France macronienne.

Une qualité indéniable du long métrage: la relation homosexuelle entre Raf et Julie n’est jamais traitée comme un sujet, pire comme LE sujet, du film; elle est simplement là, comme un donné, intégrée au tissu narratif. Et cette banalisation est salutaire: en refusant de faire de l’homosexualité le sujet de son récit, Catherine Corsini fait mieux: elle réalise un acte intelligent et nerveusement militant. Montrer l’homosexualité comme une banalité, c’est ouvrir la voie à un changement radical dans nos modes de représentation.

Il est toutefois malheureux que la finesse de ce traitement, qui évoque plutôt qu’il n’invoque, ne s’élargisse pas à l’intégralité du film. Car c’est précisément dans la surexplicitation de ses enjeux politiques que se niche la principale limite de l’œuvre. Le personnage de Yann (Pio Marmaï) est, à ce titre, beaucoup trop didactique: il craint de perdre son boulot à cause de son hospitalisation, réprimande une infirmière en train de couper son jeans car il n’a pas suffisamment d’argent pour en acheter un nouveau, pense que l’inertie de sa situation - le célibataire trentenaire qui habite toujours chez sa mère - résulte là aussi de son manque d’argent. Et c’est vraiment regrettable, car Corsini bénéficiait justement du matériau symbolique pour éviter cette pédagogie: blessé à la jambe, Yann incarne à lui seul le symbole de cette France qui ne marche plus droit, paradoxe ultime pour cette République qui se dit pourtant en marche.

Sans vouloir en raconter le dénouement et ainsi gâcher potentiellement le (dé)plaisir de ceux qui souhaitent le découvrir, je dirais néanmoins que par le choix de réunir tous les fils narratifs autour d’un dénouement commun, celui de la violence paroxystique, le film se fait le mobile d’un discours misérabiliste et pathétique, tendant à le discréditer ainsi qu’à le rendre politiquement inefficient.


Kevin Pereira

Appréciations

Nom Notes
Kevin Pereira 12