The Father

Affiche The Father
Réalisé par Florian Zeller
Titre original The Father
Pays de production Grande-Bretagne, France
Année 2020
Durée
Genre Drame
Distributeur Ascot Elite
Acteurs Anthony Hopkins, Olivia Williams, Rufus Sewell, Imogen Poots, Olivia Colman, Mark Gatiss
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 857
Bande annonce (Allociné)

Critique

«Mourir, cela n’est rien, mais vieillir», chantait Jacques Brel. Centré sur le grand âge et ses aléas, ce premier film impressionne par sa justesse de ton. Celle-ci permet non seulement d’approcher ce temps redouté et redoutable où l’on perd pied avec soi-même comme avec les autres, fussent-ils tout proches.

The Father (Le Père) est adapté de la septième pièce de théâtre de Florian Zeller, qui fait partie d’une trilogie avec La Mère et Le Fils et fut créée en septembre 2012 au théâtre Hébertot, avec Robert Hirsch dans une mise en scène de Ladislas Chollet. L’auteur à succès, qui a récemment remporté l’Oscar du meilleur scénario, en livre aujourd’hui sa propre mise en scène avec l’acteur dont il rêvait pour sa réalisation filmique et c’est pourquoi le film a été réalisé en anglais. Anthony Hopkins, qui a remporté l’Oscar du meilleur acteur pour cette interprétation, porte donc le rôle principal - pour lequel il a préféré garder son propre prénom - de ce père qui accède au grand âge, ce temps où tout peut basculer.

Suite à quelques troubles de la mémoire et du comportement qui inquiètent sa fille Anne (Olivia Colman), cette dernière a proposé à son père de s’installer dans le grand appartement qu’elle occupe. De même pense-t-elle l’aider en faisant appel à des soignants pour que quelqu’un soit toujours à ses côtés. Seulement le vieil homme ne l’entend pas ainsi et refuse toute atteinte à son indépendance, jusqu’au jour où sa fille lui présente Laura (Imogen Poots) qui lui rappelle une personne chère à son cœur. Mais tout cela suffira-t-il à freiner l’avancée de la maladie d’Alzheimer ou de quelque démence sénile?

Pour rendre crédible une telle évolution, il fallait à l’évidence un comédien capable d’incarner au plus près une personne âgée affectée de tels troubles. Aussi est-ce le corps tout entier d’Anthony Hopkins qui est mis à contribution pour traduire chaque élément du drame qui se joue au quotidien. Sa moindre hésitation langagière, son geste le plus simple, le doute qui s’insinue, la colère brusque qui éclate, l’angoisse qui déferle, l’essoufflement qui guette, l’incompréhension qui interroge, la révolte qui menace… se lisent de minute en minute au point d’habiter non seulement l’acteur, mais le spectateur qui en vient à se retrouver dans la tête d’Anthony.

Dès lors, au moment où le réel semble échapper à ce père et où la temporalité n’est plus assurée, le spectateur ne discerne plus qui a raison ou tort, ni dans quel ordre décrypter les événements. Certes, le réalisateur offre quelques pistes par de subtils éclairages et changements de décors, mais il les brouille également par la répétition de certaines scènes légèrement décalées. «En général, précise l’auteur, quand on adapte une pièce au cinéma, la première tentation est toujours d’écrire de nouvelles scènes, d’ouvrir vers l’extérieur, pour s’éloigner autant que possible du dispositif théâtral. Mais dans ce cas précis, j’ai décidé de ne pas le faire. De rester tout le temps dans le même espace. Afin que cet espace devienne un espace mental, mais en perpétuelle transformation...»

Si Amour de Michael Haneke (2012) permettait de réaliser l’intensité du lien unissant un vieux couple au moment où la maladie d’Alzheimer risquait de les séparer l’un de l’autre, The Father aborde avec grande sensibilité et finesse les questions posées par cette période où un être a l’impression de «perdre toutes ses feuilles». C’est ce temps délicat où chacun se voit confronté à lui-même, irrémédiablement, et où l’enfant fils - fille ou proche - se retrouve le parent de son géniteur, jusqu’à prendre de lourdes décisions.

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 17
Marvin Ancian 15
Alexandre Vouilloz 18
Geneviève Praplan 18