Paula

Affiche Paula
Réalisé par Christian Schwochow
Titre original Paula - Mein Leben soll ein Fest sein
Pays de production Allemagne, France
Année 2016
Durée
Musique Jean Rondeau
Genre Biopic, Drame
Distributeur filmingo
Acteurs Joel Basman, Roxane Duran, Albrecht Schuch, Carla Juri, Klara Deutschmann, Stanley Weber
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 2016
Bande annonce (Allociné)

Critique

L’histoire de Paula Becker est très brève. Christian Schwochow en fait un long film, un peu trop centré sur la biographie. Il se rachète par la force picturale de son œuvre.

Paula Modersohn-Becker, artiste allemande du début du XXe siècle, a été l’une de ces figures que leur talent éloigne dramatiquement de la vie ordinaire. A cette époque, une femme ne peut pas peindre; ou alors, qu’elle se marie à un homme heureux de l’entretenir! Paula Becker est aujourd’hui reconnue; depuis 1927, Brême lui dédie un musée, tandis qu’en 2016, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris a proposé un choix de ses œuvres qui l’a révélée au monde non germanique.

En 1900, Paula (Carla Juri) a 24 ans, vit à Dresde dans une famille bourgeoise, elle ne rêve que de toiles, de tubes de couleur et de vie joyeuse. Son père l’envoie passer l’été au nord de l’Allemagne, dans une colonie d’artistes que fréquente notamment Rainer Maria Rilke (Joel Basman). Ses pairs se complaisent dans l’académisme et la trouve peu douée. Lorsque Paula devient Mme Modersohn, son mari (Albrecht Schuch), peintre lui-même, laisse le champ libre à son travail mais s’y intéresse peu. Paula fini par s’installer seule à Paris où le Salon des indépendants a ouvert les esprits. C’est là qu’elle va se révéler et peindre ses œuvres les plus intéressantes.

Christian Schwochow a réalisé son film à partir d’un scénario sur lequel Stefan Kolditz et Stephan Suschke travaillaient depuis longtemps, lisant la correspondance, épluchant les archives. Le réalisateur s’est laissé fasciner par cette femme libre, capable de «franchir les limites, de surmonter les obstacles sans se sentir la victime des hommes». Et c’est ainsi qu’il la montre; Paula veut être indépendante, réclame son droit à être, à penser, à créer. Pour autant, elle n’est pas une activiste, ne se révolte pas, ne tue pas le genre masculin: elle fait, elle agit, elle est.

Ce qu’elle est, le réalisateur allemand s’emploie à le dire. Or la difficulté de sa démarche tient justement à cela; sa biographie s’attache aux faits, à l’existence de la jeune femme, sans réussir à creuser dans l’intimité de l’artiste, de ses désirs, de ses ambitions, de ses paradoxes, de ce qu’elle ressent profondément. Les signes sont là, mais pas assez ce qu’ils évoquent. Le film n’est pas aidé par les mimiques, le jeu parfois souligné de Carla Juri. La mise en scène dévoile progressivement le travail de Paula. Comme cette dernière ne s’en explique jamais, elle apparaît surtout comme une femme affranchie. Pour qui ne la connaît pas, son talent n’apparaît pas d’emblée.

Pourtant, le film séduit par son esprit pictural. Schwochow rend très bien les paysages du Nord allemand et leurs ambiances brumeuses, les régions marécageuses, la façon dont l’hiver les transforme en vastes plaines blanches. Le public de Paula voit à l’écran ce que les personnages du film avaient constamment sous les yeux, ces amples perspectives et leur fragilité qui inspiraient les peintres. Les mêmes panoramas qui ont séduit Paula Becker. Mais c’est peut-être aussi opposer le plan au tableau, le cinéma à la peinture, alors que tout l’enjeu tendrait à les harmoniser.

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 12