African Mirror

Affiche African Mirror
Réalisé par Mischa Hedinger
Titre original African Mirror
Pays de production SUISSE
Année 2019
Durée
Genre Documentaire
Distributeur Outside the Box
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 844

Critique

Curieux documentaire que celui de Mischa Hedinger: le projet enthousiasmant du cinéaste apparaît en porte à faux avec son résultat concret. Image, son et montage semblent participer au discours colonial plutôt que de le mettre à distance.

René Gardi (1909-2000), diplômé en mathématiques, biologie et zoologie, se passionne, lors d’un séjour fortuit au Cameroun, pour le pays et, en particulier, pour les habitants des montagnes de Mandara. L’attrait du pays sur l’explorateur va le conduire à l’appréhender et le représenter par de multiples moyens (photographies, films, livres et émissions télévisuelles), qui sont à l’origine de sa renommée, en Suisse allemande principalement, dans les années 1950 à 1970. Ces différentes archives constituent le matériau de base d’African Mirror, mobilisées pour renvoyer au spectateur européen l’image qu’il a lui-même façonnée d’une Afrique fantasmée, enfermée dans un imaginaire colonial: un espace atemporel, en parallèle de la modernité, propice à la projection sur ses résidents du mythe du bon sauvage.

Par la voix et l’image, c’est le regard de René Gardi qui nous guide. Bien qu’aimant, ce regard se fait parfois violent, paternaliste et même raciste. Quelques critiques, trop rares, lui sont adressées, comme celle de laisser hors champ la misère pour construire un eldorado illusoire. Certaines séquences, les plus intéressantes du film, sont aussi celles d’un film de fiction qu’il tente de faire, où les habitants se transforment en acteurs et participent dès lors à l’élaboration de l’œuvre. En dehors de celles-ci, les images semblent volées, saisissant des corps silencieux, érotisés, non individualisés, sur lesquels s’écrit notre propre histoire ou notre propre discours.

Au lieu de proposer une déconstruction de ce regard colonisateur, African Mirror ressemble plutôt aux films d’explorateurs des années 1920. Choix qu’on regrette. Pourquoi ne pas mettre en perspective, par le montage notamment, la distance qui nous sépare de cette vision-là? Une séquence cristallise le parti pris regrettable du film: la voix d’un Helvète glorifie le rôle des Blancs dans l’éducation des Noirs, tandis que des images représentent de jeunes Africains s’exerçant à des prouesses sportives sous l’œil bienveillant d’un entraîneur caucasien.

Et que dire de cette révélation du viol de René Gardi sur plusieurs enfants, trop vite évacuée? Seuls peut-être ceux qui ont connu le protagoniste sauront apprécier ce documentaire, qui apparaîtra sinon quelque peu anachronique et dérangeant.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 10