Tout simplement noir

Réalisé par Jean-Pascal Zadi, John Wax
Titre original Tout simplement noir
Pays de production FRANCE
Année 2020
Durée
Musique Christophe Chassol
Genre Comédie
Distributeur Pathé Films
Acteurs Mathieu Kassovitz, Caroline Anglade, Jean-Pascal Zadi
Age légal 10 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 837

Critique

Tout simplement noir raconte l’histoire de JP, un comédien raté de 40 ans qui décide, autant par conviction que par envie de notoriété, d’organiser une marche de contestation des Noirs en France. Seul au départ avec cette idée un peu confuse, il va tenter de rallier à sa cause des connaissances et des noms connus qui lui serviront de caution. Mais cela n’ira évidemment pas de soi.

Ce qui aurait pu être une comédie réussie sur des sujets importants tels que le racisme ou la place des citoyens de couleur dans la société occidentale manque malheureusement sa cible. Le film contient de nombreuses scènes de dialogues, de conversations enflammées, qui touchent à des thèmes cruciaux mais qui finissent par sombrer dans la caricature et le déjà-vu. La comédie n’en aurait pas pâti, au contraire, si les éléments sociaux et revendicatifs avaient été mieux traités. Certes, ce n’est pas entièrement de la faute du musicien et comédien français d’origine ivoirienne Jean-Pascal Zadi (interprète, coauteur et coréalisateur) qui ne pouvait pas prévoir, en tournant son film il y a plusieurs mois, que ce dernier sortirait en pleine période de manifestations contre le racisme, suite aux événements révoltants récemment survenus en France et en Amérique. Tout simplement noir paraît d’autant plus superficiel et gentillet à côté de cette brûlante actualité. Le problème principal vient surtout de l’écriture et de ce que Zadi a fait de son personnage: un homme naïf, se faisant constamment clouer le bec, ne sachant pas vraiment de quoi il parle, et servant à plusieurs reprises les clichés qu’il prétend combattre. Son credo, balancé avec aplomb, est celui-ci: «Un Noir debout, c’est un Noir qui n’est pas assis». Certes, sur le moment, cela fait sourire. Mais une fois qu’on a souri, on fait quoi? La naïveté (pour ne pas dire la stupide maladresse) du héros finit par empoisonner la noblesse du message et les légitimes questions qu’il aurait dû susciter.

     L’un des intérêts voulus, d’ailleurs largement exploité dans la bande-annonce, est la présence de multiples «personnalités» qui font une apparition dans leur propre rôle. Des vedettes actuelles du stand-up ou de la télé (Fary, Eric et Ramzy, Claudia Tagbo, Fabrice Eboué, Ahmed Sylla, assez peu crédibles lorsqu’ils ne se caricaturent carrément pas eux-mêmes), et aussi JoeyStarr, Omar Sy, Cyril Hanouna, le rappeur Soprano ou deux célèbres footballeurs. Mais il ne suffit évidemment pas de dérouler un casting prétendument «trois étoiles», à la Astérix aux Jeux Olympiques, pour renforcer le poids d’un récit. Cela fait certes partie de l’histoire racontée mais ressemble un peu trop à un luxueux coup marketing. Pour autant bien sûr que l’on considère comme luxueux d’avoir Hanouna au générique. Finalement, la meilleure scène est celle où figure Mathieu Kassovitz. Elle est non seulement la plus réussie au niveau de l’interprétation, mais la seule qui sert réellement le propos antiraciste du film. Signalons encore une autre séquence à la sortie d’un restaurant. Celle-ci est de loin la plus drôle, grâce à l’excellent Lucien Jean-Baptiste.

     Quelques répliques et gags bien trouvés, une belle idée de départ et une jolie conclusion. C’est mieux que rien. Mais quel dommage, tout cela aurait pu être bien plus incisif. Et surtout, tellement plus utile...


Philippe Thonney

Appréciations

Nom Notes
Philippe Thonney 9