The Perfect Candidate

Réalisé par Haifaa Al-Mansour
Titre original The Perfect Candidate
Pays de production ARABIE SAOUDITE / ALLEMAGNE
Année 2019
Durée
Musique Volker Bertelmann
Genre Fiction
Distributeur DCM
Acteurs Mila Al Zahrani, Nora Al Awadh, Dae Al Hilali
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 837

Critique

Après avoir tourné plusieurs films à l’étranger, Haifaa Al-Mansour, cinéaste saoudienne de 45 ans, revient dans son pays d’origine et s’intéresse à nouveau à la place qu’y occupe la femme. The Perfect Candidate se présente comme une chronique sociale et familiale intéressante, qui démarre dès le premier plan.

Maryam (Mila Al Zahrani), jeune femme célibataire, seule au volant de sa voiture, se rend à son travail dans la clinique d’une petite ville où elle exerce la médecine. On se rappelle qu’une autre jeune héroïne, celle du premier film d’Haifaa Al-Mansour (Wadjda, 2012), n’avait pas l’autorisation de circuler en vélo… Sept ans plus tard les droits des femmes sont mieux reconnus, mais il y a encore à faire: Maryam peut conduire une voiture, mais elle doit rester totalement voilée et porter le niqab, aussi sur le lieu de son travail. Mais malgré cela, les patients masculins ne sont guère prêts à se laisser soigner par une femme: Maryam doit donc encaisser les réflexions désagréables et misogynes des malades, et même de son collègue masculin. De plus, on ne l’écoute guère lorsqu’elle fait remarquer que les abords de l’hôpital sont un vrai marécage et qu’il faudrait au moins goudronner les derniers mètres de la route…. Et lorsqu’elle veut se rendre à Dubaï pour assister à un congrès professionnel, elle ne peut pas prendre l’avion, ne disposant pas de l’aval (écrit et officiel) de son chaperon masculin - en l’occurrence son père - pour quitter le territoire… Si les droits des femmes ont peut-être progressé sur la forme en Arabie saoudite, sur le fond la société patriarcale et conservatrice du pays considère encore souvent ces dernières comme des êtres inférieurs qui n’ont pas de véritables droits d’exercer des responsabilités sans tutelle masculine. Suite à un événement qui tient plus du hasard que d’une véritable détermination, Maryam se présente un jour aux élections municipales. Elle sera immédiatement attaquée de toutes parts: on laissera le spectateur découvrir la suite, sachant que Maryam souhaitait simplement profiter de sa candidature pour aborder le problème pratique de la réfection de la route de la clinique, dans l’intérêt de la collectivité s’entend.

     On précisera encore que Maryam a deux sœurs, plus jeunes qu’elle, et un père, Abdulaziz (Khalid Abdulraheem), un musicien d’esprit assez libéral qui a toujours poussé ses trois filles à réaliser leurs rêves, mais sans aller jusqu’à les épauler véritablement: les gens (c’est-à-dire les hommes) qui l’entourent l’empêchent de les aider. Et quand Maryam demande son soutien, il ne veut pas se mouiller… La grande qualité du film de Haifaa Al-Mansour est de ne jamais céder à une volonté démonstrative, à une forme de cinéma militant. Les héroïnes féminines ne sont pas des partisanes ou des provocatrices: elles acceptent les codes et les coutumes religieuses, elles s’acquittent de leurs devoirs domestiques, mais elles sont modernes, cultivées, prêtes à s’impliquer dans la vie de leur quartier et capables d’exercer un poste à responsabilités. Elles veulent qu’on les respecte, elles montrent qu’elles ont les mêmes qualités que la gent masculine.

     On souhaite que ce film (avec d’autres) puisse contribuer à faire évoluer les mentalités. En Arabie saoudite comme ailleurs. La cinéaste l’a dit à plusieurs reprises: «Je veux que ma fille puisse connaître un monde comme ça dans le futur». Dans cette réalisation (solide et efficace), la mise en scène reste très classique, trop peut-être. Le rythme narratif du récit est peu varié, même si la musique apporte parfois quelques instants de détente. Voilà un film sans surprise, c’est vrai, mais qui a vraiment quelque chose à dire.

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Antoine Rochat 15
Georges Blanc 11