Super Dark Times

Affiche Super Dark Times
Réalisé par Kevin Phillips
Titre original Super Dark Times
Pays de production U.S.A.
Année 2017
Durée
Musique Ben Frost
Genre Drame, Thriller
Distributeur Netflix
Acteurs Charlie Tahan, Amy Hargreaves, Owen Campbell, Elizabeth Cappuccino, Sawyer Barth, Max Talisman
Age légal 16 ans
N° cinéfeuilles 832
Bande annonce

Critique

Nous sommes à la fin des années 90, dans la partie supérieure de l’Etat de New York avec quatre adolescents qui font du vélo en parlant des bandes dessinées qu’ils ont lues et des films qu’ils ont loués. Encore une pâle copie surfant sur la vague nostalgico-fantastique de Stranger Things et autres Ça me direz-vous? Pas tout à fait, vous répondrai-je, car s’il est vrai que ces jeunes personnages feront face à des événements violents comme ceux des productions citées, il n’est dans ce film pas question de partager une nostalgie pour une époque révolue, mais d’installer une ambiance mélancolique et sombre plutôt digne d’un Donnie Darko. Une expérience cinématographique quelque peu déprimante, mais qui en vaut la peine.

Zach et Josh sont deux adolescents, meilleurs amis et plutôt du genre réservés. Ils sont davantage amenés à lire des BD et à jouer à des jeux vidéo qu’à séduire les filles. Et pourtant, ils développent des sentiments pour la même fille, Allison. Un jour, ils tombent sur Daryl, un garçon unanimement détesté, et Charlie, qui s’invitent chez Josh. En visitant la chambre du grand frère de ce dernier, engagé dans le corps des Marines, ils découvrent de la marijuana et un katana. Les tensions montent, un drame intervient: Daryl a été tué. Les adolescents vont ensuite devoir vivre avec les conséquences de cet acte et leur culpabilité.

On peut compter sur le film de Kevin Phillips pour nous proposer une intrigue qui ne regorge peut-être pas d’action mais qui n’en est que plus touchante, très belle visuellement et portée par de talentueux jeunes acteurs interprétant des protagonistes crédibles. Le personnage principal, Zach, est si attachant qu’on souffre avec lui tout au long de l’histoire. Quant à Josh, ses actions le rendent plus problématique mais toujours intéressant. La discussion sur les comics entre Josh et Zach qui intervient au début de la réalisation offre une entrée détournée dans leur psyché et un bon indice de ce qui va suivre (sans spoiler): à travers des personnages issus de la culture populaire (le Surfeur d’argent et The Punisher), les deux garçons s’interrogent sur les notions de solitude et de traumatisme. Ce qui pourrait sembler n’être que de simples références à la culture populaire, pour donner une touche «geek» aux personnages, se révèle au final un miroir de leur souffrance future.

La réalisation établit un lien très fort entre amour/pulsions sexuelles et mort/violence par le biais d’Allison et de sa relation avec Zach et Josh. Le fait que l’accident coïncide avec la période de puberté des protagonistes n’est pas un hasard, cela montre au contraire à quel point elle peut être vécue de manière traumatisante et douloureuse. En plus d’être un bon mélange entre drame et thriller psychologique, le film est donc surtout un coming of age movie, un portrait de ce que l’on peut ressentir à l’adolescence, qui est ce «super dark time» du titre. Par exemple, l’impression souvent présente chez les adolescents, et éprouvée par Zach, que personne ne peut vraiment les comprendre ou saisir ce qu’ils sont en train de traverser. Tout comme la transition du jeu enfantin au drame qui suit directement symbolise l’innocence des adolescents qui se perd en quittant l’enfance, tuant ainsi en quelque sorte une partie d’eux-mêmes. Une séquence se déroulant avant l’accident va également dans ce sens. Les propos futiles et vulgaires tenus à grand renfort de jurons par les quatre garçons sont contrastés par la musique inquiétante et lyrique (qui parcourt d’ailleurs tout le long métrage et met en place son ambiance à la fois sinistre et douce) et l’image soignée (tons bleutés, contre-jour imprimant les silhouettes noires sur une eau scintillante) qui les accompagnent. Cela confère un caractère inéluctable à la tragédie qui va suivre, comme si, malgré leur naïveté puérile, les garçons ne pouvaient pas échapper au destin. Ils ne peuvent empêcher les événements à venir qui les forceront à grandir, comme pour tout adolescent.

Amandine Gachnang

Appréciations

Nom Notes
Amandine Gachnang 17