L'Image manquante

Affiche L'Image manquante
Réalisé par Rithy Panh
Titre original L'Image manquante
Pays de production Cambodge, France
Année 2013
Durée
Musique Marc Marder
Genre Documentaire
Distributeur Les Acacias
Acteurs Randal Douc
N° cinéfeuilles 832
Bande annonce

Critique

A l’aide de figurines auxquelles l’écrivain Christophe Bataille insuffle, par ses mots, la vie, le réalisateur cambodgien propose une image. Celle d’un individu, effacée par le régime des Khmers rouges, et qu’il fabrique à partir de ses souvenirs des camps de travail.

En 1975, sur le coup de ses 11 ans, Rithy Panh se voit arraché à son enfance, à sa maison familiale de Phnom Penh, par la prise de pouvoir du Kampuchéa démocratique, le parti des Khmers rouges. Le génocide (perpétré pendant les quatre ans de règne) de presque deux millions d’individus, la violence du régime, la faim et le traumatisme des camps de travail ne cessent d’habiter le cinéma du réalisateur cambodgien. Mais pour une fois, c’est à travers une narration à la première personne qu’il décide de l’aborder, dans une collaboration avec Christophe Bataille, écrivain français et compositeur du texte, lu en voix over.

Effacer tout signe de singularité, n’octroyer qu’une cuillère comme seul bien - le vol ne serait-ce que d’un fruit conduisait à la mort -, obliger tous les hommes à porter les mêmes habits noirs, détruire la moindre trace de souvenir: voici le fondement, sans compter l’épuisement au travail et la faim, sur lequel ériger une société nouvelle. Aux images officielles du parti, où le peuple dans un ballet collectif contribue à sa construction, et à leur mise en scène d’un homme nouveau épanoui, le réalisateur en propose une, manquante, en contrepoint. Des figurines d’argile vont alors faire revivre tous ceux qu’il a aimés et que l’idéologie a tués, son père et sa mère en premier lieu, tout en peuplant le camp de travail reconstitué. Les souvenirs d’avant 1975 ressurgissent également, hauts en couleur, en musique et cinéma. Et la magie opère effectivement! Les expressions de ces bonhommes, taillés grossièrement, sont véhiculées et animées par un texte sobre, composé de phrases percutantes.

De longs travellings participent à rendre chaque plan plus dynamique, en même temps qu’ils redoublent cette quête obsédante du réalisateur d’identifier ces images manquantes, qui se dérobent sans cesse, les sortir de l’oubli et les révéler aux yeux du monde. Du cinéma de propagande qui fait du mensonge sa vérité s’y substitue alors un autre, qui assume sa part de mise en scène (avec les figurines) de souvenirs d’enfance incertains mais qui favorisent pourtant l’image d’une vérité, d’où la violence retentit d’autant plus brusquement dans l’esprit du spectateur qu’elle n’est pas montrée mais imaginée à partir du témoignage de l’auteur.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 19
Serge Molla 18