La démocratie en danger

Affiche La démocratie en danger
Réalisé par Petra Costa
Titre original Democracia em Vertigem
Pays de production Brésil
Année 2018
Durée
Genre Documentaire
Distributeur Netflix
Acteurs Petra Costa
N° cinéfeuilles 833

Critique

Dans un documentaire à la première personne, la réalisatrice brésilienne entremêle son propre vécu à celui de son pays, dont la destitution de Dilma Rousseff, l’envoi en prison de Lula et l’accès à la présidence de Bolsonaro lui semblent mettre en péril ses fondements démocratiques. Sans oublier de donner aussi une voix au grand oublié de ce jeu de pouvoir: le peuple.

Ce documentaire, traitant d’une actualité brûlante, met en garde contre le déclin de la démocratie au Brésil, processus pour le moins menaçant lorsque l’on regarde du côté des manifestations de ces derniers jours à Brasilia, où un retour de l’AI-5 (acte institutionnel numéro 5), décret mis en place lors du coup d’Etat militaire du pays en 1964 est demandé. Parmi les manifestants: le président Jair Bolsonaro lui-même, mais sans les généraux de son propre gouvernement, qui ne le soutiennent pas. Comment en est-on arrivé à l’élection de ce président? Question à laquelle cherche en partie à répondre La Démocratie en danger.

Les premières séquences nous jettent par une caméra embarquée dans des rassemblements populaires, en 2018, au moment de l’envoi en prison de Luiz Inácio Lula da Silva, président du pays de 2003 à 2011. De longs travellings maîtrisés dans le palais présidentiel contrastent avec ces premières scènes et expriment l’envie de faire la lumière sur ce qui s’est joué dans les coulisses de l’arène politique ces dernières années, aussi bien concernant l’emprisonnement de Lula que la destitution de Dilma Rousseff (2016), sa dauphine, tous deux membres du Parti des travailleurs.

Le récit des faits pour dénoncer les rouages politiques est dense, les subtilités pas toujours évidentes à saisir. Mais loin d’être uniquement un document «objectif» sur la situation, la cinéaste multiplie les indices d’un regard personnel par des allers-retours dans l’histoire plus ou moins récente du pays, des parallèles esquissés avec la mythologie mais surtout en témoignant de sa sympathie pour Lula et Rousseff, chez qui elle ira même avec sa mère. Des arrêts sur image participent également de ce mouvement, comme lorsqu’elle revient sur le passé de l’ancienne présidente par une photo en noir et blanc: face à ses bourreaux dépités par son silence, après des heures de tortures, elle les fixe, fièrement, droit dans les yeux. Une telle résilience suscite inévitablement l’admiration et attire la sympathie sur cette femme, dont on est plus enclin à minimiser les erreurs commises par la suite. Il n’empêche: des questions essentielles sont posées et des actions politiques sous-tendues par l’intérêt personnel, la menace, l’envie de sauver sa peau sont mises en évidence.

La réalisatrice donne également une voix au peuple, tant aux opposants qu’aux sympathisants du Parti des travailleurs (et de ses représentants). Parmi ces derniers, une femme, analphabète, dont la bourse octroyée par le gouvernement aux personnes défavorisées qui envoient leur enfant à l’école (Bolsa Família), aura permis aux siens une éducation inconcevable sinon. Très touchante, cette scène rend d’autant plus concrètes les répercussions directes sur les classes populaires des actions du gouvernement; l’inquiétude est alors bien vive lorsque l’on s’aventure à jeter un regard vers l’avant…

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 15