Dark Waters

Affiche Dark Waters
Réalisé par Todd Haynes
Titre original Dark Waters
Pays de production U.S.A.
Année 2019
Durée
Musique Marcelo Zarvos
Genre Biopic, Drame
Distributeur Ascot Elite
Acteurs Victor Garber, Tim Robbins, Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Mare Winningham, Bill Camp
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 829
Bande annonce

Critique

Fidèle à ses convictions écologiques, Mark Ruffalo incarne Robert Bilott, un avocat défendant un agriculteur, puis presque toute une ville contre une entreprise responsable d’une pollution énorme et de l'empoisonnement d'une foule de gens. Un récit véridique et glaçant, tranchant avec une esthétique léchée, qui fait à la fois perdre confiance face à la malhonnêteté des groupes chimiques et trouver un espoir dans la fougue et le courage de certains représentants de la loi.

Alors qu’il se spécialise dans la défense des industries chimiques, Robert Bilott passe de l’autre côté du miroir en représentant un paysan dont les vaches meurent les unes après les autres, empoisonnées par les rejets toxiques de DuPont. Malgré la mainmise qu’exerce l’entreprise en tant que premier employeur de la région, lorsque Bilott découvre que les effets de sa production ne se limitent pas aux vaches, il va remettre en question sa carrière et le bien-être de sa famille pour rendre justice.

Le film s’ouvre sur une séquence semblant sortie d’un film d’épouvante: un trio d’adolescents entre par effraction sur un site protégé pour se baigner. La caméra placée sous l’eau filme leurs corps s’ébattant inconsciemment, s’approchant d’eux telle une menace façon Les Dents de la mer. Cette dernière ne se révèle finalement pas être un requin tueur, mais le service de sécurité de l’entreprise DuPont, chargé de dissimuler les traces de pollution dans l’eau et de chasser les jeunes intrus. La suite de la réalisation ne s’inscrit certes pas dans le genre de l’horreur, mais les événements décrits sont tout autant pétrifiants et s’en montrent dignes, avec DuPont dans le rôle du boogeyman increvable et la planète entière dans celui de la victime, laissée dans l’ignorance ou prise pour une idiote, sacrificiée sur l’autel du dieu Profit. Car si les protagonistes ne sont pas assassinés sauvagement comme dans un slasher, ils sont malgré tout tués par négligence. Bien qu'ardus, les tenants et aboutissants du procès mené contre DuPont sont aussi passionnants et alarmants. Car plus que d’opposer un modeste paysan à une entreprise surpuissante, ils représentent un problème global de société à faire froid dans le dos.

L’image et la lumière très soignées (que l’on trouvait déjà dans le magnifique Carol de Todd Haynes) de même que certains éléments de décor créent souvent une ambiance rappelant les années 60 ou 80, alors que l’histoire se déroule de 1998 à 2013, voire plus tard. C’est plutôt perturbant, car on en oublie presque que l’affaire exposée nous touche encore à l’heure actuelle. Cela n’affecte toutefois pas le récit, même s'il souffre parfois de quelques longueurs, surtout lorsqu’il traite de la dimension familiale et personnelle de Bilott, un peu moins intéressante car moins sensationnelle que la dimension juridique. L’atmosphère à la fois conviviale et anxiogène de la petite ville de Virginie occidentale où est basé le site de DuPont incriminé donne quant à elle un côté plus nuancé au procès. Elle montre l’écart entre la joie des lésés à être entendus et le rejet qu’ils subissent pour oser s’opposer à ceux qui fournissent beaucoup d’emploi à la ville, et ainsi une nouvelle facette du pouvoir de DuPont, qui paraît alors encore plus intouchable. Une réalisation qui donne matière à réflexion et donne envie de jeter ses poêles de cuisine!

Amandine Gachnang

Appréciations

Nom Notes
Amandine Gachnang 15
Philippe Thonney 16
Georges Blanc 13