Un Divan à Tunis

Affiche Un Divan à Tunis
Réalisé par Manele Labidi
Titre original Un divan à Tunis
Pays de production France
Année 2019
Durée
Musique Flemming Nordkrog
Genre Drame, Comédie
Distributeur Praesens-Film
Acteurs Golshifteh Farahani, Hichem Yacoubi, Majd Mastoura, Aïcha Ben Miled, Feriel Chammari, Najoua Zouhair
Age légal 10 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 828
Bande annonce

Critique

Sujet original pour ce premier film réussi d’une jeune réalisatrice tunisienne. Par le biais d'une psychanalyste qui décide de s'installer à Tunis, elle ausculte l'état de son pays avec un humour mêlé de gravité.

Selma Derwish (Golshifteh Farahani), 35 ans, revient au pays, après avoir exercé en France, pour y ouvrir un cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de Tunis. Seulement, avant de recevoir qui que ce soit, il va falloir se faire connaître et par exemple expliquer aux femmes fréquentant un salon de coiffure, qu’une séance est une sorte de «voyage en soi pour trouver des portes de sortie». Alors, entre ceux qui prennent le portrait de Freud (orné d’un chapeau turc) pour celui d’un Frère musulman et ceux qui confondent «séances tarifées» et «prestations tarifées», ce n’est vraiment pas gagné d’avance.
Aussi les débuts sont-ils hauts en couleur, les attentes à l’égard de la jeune psychanalyste allant dans tous les sens, y compris amoureux. Et au moment où Selma commence à trouver ses marques, elle découvre qu’il lui manque une autorisation de pratique indispensable pour continuer d’exercer, mais difficile à obtenir du Ministère de la santé tant on se méfie d’une femme qui ne cesse de recevoir des hommes - et des femmes - chez elle, où l’on s’étend et parle sexe. Malgré les obstacles à répétition, le ton est ici léger et l’on rit volontiers, une joie de vivre habitant tous les personnages englués dans un quotidien parfois surréaliste.

Le regard de Manele Labidi est en effet empreint d’une tendresse et d’un amour à l’égard d’une population qui veut s’en sortir, fort bien exprimés par Golshifteh Farahani. D’ailleurs Selma, avec sa double identité, française et tunisienne, ne ressemble-t-elle pas à tous ses patients et surtout patientes (qui pour une fois sont écoutées et entendues)? N'a-t-elle pas elle aussi grand besoin d’analyse? Pourtant, ni leçon ni morale dans cette comédie sans prétention, sympathique et enlevée. La population tunisienne est en manque de repères et toutes les embûches qui se dressent sur le chemin de Selma sont celles d’un pays appelé à se trouver et à préciser ses rapports à la religion, à la famille, voire à la politique. Car n’est-ce pas le pays tout entier qui, après la chute du président Ben Ali en 2011, souffre de schizophrénie et aurait besoin de prendre le temps d’examiner son histoire pour mieux déployer son avenir?

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 15
Georges Blanc 13