L'Esprit de famille

Affiche L'Esprit de famille
Réalisé par Eric Besnard
Titre original L'Esprit de famille
Pays de production France
Année 2019
Durée
Musique Christophe Julien
Genre Comédie
Distributeur JMH Distributions SA
Acteurs François Berléand, Isabelle Carré, Josiane Balasko, Guillaume De Tonquédec, Jeremy Lopez, Marie-Julie Baup
Age légal 8 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 827
Bande annonce

Critique

Eric Besnard, à qui l’on doit Le Goût des merveilles - avec Virginie Efira et inspiré par son propre couple -, continue sa série de portraits de famille avec celui du père. Comment faire face à l’absence soudaine: une question à laquelle le réalisateur répond avec une certaine inventivité.
Il est toujours douloureux de perdre un être cher, encore plus quand vous venez de l’envoyer promener. Alexandre (Guillaume de Tonquédec) voit s’écrouler sous ses yeux son père (François Berléand), qui l’embêtait l’instant d’avant dans son travail. L’enterrement passé, le choc demeure. A tel point que la figure paternelle va s’incarner régulièrement face à son fils, notamment lorsque toute la famille se trouve réunie dans la maison d’enfance et que les tensions surgissent, réveillées par le deuil. Pour une fois, le récit ne tergiverse pas sur le décès, les adieux larmoyants, les confessions murmurées au cercueil. Envoyés en trois séquences, ces événements laissent la place à l’après. Car une fois le corps disparu, demeure tout le reste: les souvenirs, le poids - pas toujours facile à porter - de cette présence imposante, les liens familiaux à reconfigurer.

Alors oui, certaines prémices narratives sont un peu caricaturales, notamment celles du personnage d’Alexandre, écrivain absorbé par son travail au point de négliger les siens et qui apprendra comme il se doit à regarder autour de lui. Certes, on assiste à un jeu parfois inégal de la part des interprètes rassemblés. Mais la finesse inattendue du scénario parvient à éviter bien des pièges tendus. Que ce soit par les répliques inattendues, ou qui paraissent en tout cas in-entendues jusque-là, le dévoilement sensible des fêlures de chacun et chacune, le film parvient à faire oublier une finalité qui s’annonçait évidente (le deuil comme expérience fédératrice). Peu à peu, se dessinent des complexités que les impressions données par et sur les membres de la famille ne laissaient pas présager.

Ce que l’on retiendra surtout, c’est cette capacité rare - en tout cas pour de telles productions - à ménager des moments suspendus de vide, tant dans les plans que dans les mots. La présence capricieuse du père y joue bien sûr un rôle, lui qui se dissimule aux yeux de son fils ou ressurgit, au gré de son humeur et des cadrages, laissant souvent les adresses d’Alexandre sans réponse. Mais pas que. Ainsi, la caméra de s’attarder sur les magnifiques côtes bretonnes à la tombée du jour, ou les non-dits d’un couple au bord de la déchirure d’être effacés le temps d’un silence, d’un sourire. L’absence donc comme espace pour recréer quelque chose, y compris une variation subtile et réussie du film de famille de base.

Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 12