La Voie de la justice

Affiche La Voie de la justice
Réalisé par Destin Daniel Cretton
Titre original Just Mercy
Pays de production U.S.A.
Année 2020
Durée
Musique Joel P. West
Genre Biopic, Drame
Distributeur Fox-Warner
Acteurs Jamie Foxx, Tim Blake Nelson, Rafe Spall, Michael B. Jordan, Brie Larson, Rob Morgan (IV)
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 827
Bande annonce

Critique

Parcours d’un homme habité par la justice et désireux d’en faire bénéficier ceux qui y croient plus.

«On m’a dit que je n’irais jamais dans une école publique, car j’étais noir. Ni à l’université, car j’étais noir. Que je ne deviendrai jamais avocat, car j’étais pauvre. Que ma famille n’était pas ni assez bonne ni assez solide pour bénéficier des opportunités dont j’ai pu profiter.» Cette réalité a pourtant fait ce qu’est devenu Bryan Stevenson, avocat afro-américain, fondateur et président du Equal Justice Initiative, organisation privée américaine à but non lucratif. Ceux qui l’ont vu dans le documentaire Human de Yann Arthus-Bertrand n’ont pu oublier le visage et plus encore le saisissant témoignage de cet homme courageux et brillant dont le film de Destin Daniel Cretton raconte les premiers engagements sur le terrain une fois achevées ses études de droit à Harvard.

Plutôt que d’opter pour une carrière lucrative, le jeune avocat est résolu à défendre quelques condamnés noirs en attente de leur exécution dans le couloir de la mort. Il rejoint pour cela le sud de son pays et débarque dans le comté de Monroe en Alabama, là où l’on se targue d’être la ville de Harper Lee, auteure du célèbre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur - adapté en 1962 au cinéma par Robert Mulligan sous le titre Du silence et des ombres, dans lequel un avocat Atticus Finch (Gregory Peck) innocentait un Noir accusé à tort de viol à l’endroit d’une jeune femme blanche. L’histoire semble se répéter lorsqu’en 1987 Bryan Stevenson (Michael B. Jordan) tente, avec l’aide efficace de son assistante blanche Eva Ansley (Brie Larson) de reprendre à zéro l’enquête qui conduisit Walter «Johny D.» McMillan (Jamie Foxx) à être condamné pour le meurtre de Ronda Morrison (18 ans) l’année précédente.

Alors même que l’on pouvait s’attendre au ixième film se déroulant dans une Cour de justice, dans lequel la vérité aurait enfin été dévoilée, cette réalisation s’aventure sur des pistes jusque-là peu fréquentées. Il montre en effet qu’il ne suffit pas d’apporter de multiples preuves d’innocence pour que triomphe la justice. On réalise aussi que ce n’est pas seulement un homme qui se voit condamné, mais toute sa famille, voire sa communauté, qui subissent le poids de l’injustice. A cet égard, le jeu des comédiens est admirable tant ils font ressentir la peine éprouvée par le corps physique et par le corps social. Apparaît alors clairement combien ce sont les «petits», les marginaux, les pauvres, les exclus, les démunis, les défavorisés qui paient le prix élevé de l’injustice et de l’inégalité, alliées à la détresse qu’elles peuvent causer.

En 1987, soit plus de vingt ans après le Mouvement en faveur des droits civiques et les avancées qu’il a permises, le racisme rôde toujours dans l’Etat d’Alabama et gangrène les instances politiques et juridiques. On n’y a guère envie de recevoir des leçons en matière de justice, aussi reste-t-il dangereux de soulever certaines questions ou de suggérer que telle arrestation ou telle condamnation s’est opérée bien (trop) rapidement. Heureusement, à l’instar de Bryan Stevenson, il est des hommes et femmes que rien ne fait reculer tant la justice doit pouvoir rendre la dignité à chacun, quel qu’il soit. Au-delà des jugements prononcés, des êtres devraient à nouveau avoir accès à eux-mêmes, se retrouver. Cette étape, primordiale et mise en scène avec talent par le réalisateur, fait de ce film un grand moment d’humanité en évitant bien des clichés.

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 18
Georges Blanc 18