Talking About Trees

Affiche Talking About Trees
Réalisé par Suhaib Gasmelbari
Titre original Talking About Trees
Pays de production France, Allemagne, Soudan
Année 2019
Durée
Genre Documentaire
Distributeur Adok films
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 827
Bande annonce

Critique

A travers l’espoir de quatre réalisateurs soudanais de voir revivre un cinéma laissé à l’abandon, le réalisateur Suhaib Gasmelbari, dans une tonalité comique, fait apparaître en creux l’emprise d’un pouvoir totalitaire qui s’exerce sur son peuple notamment par la censure et la religion.

Dans l’une des premières séquences du film, quatre amis d’un certain âge s’imaginent, sans matériel aucun, sur le tournage d’un film hollywoodien, l’un d’eux incarnant le célèbre réalisateur Cecil B. DeMille. D’abord comique - l’acteur principal jouant une femme aguicheuse -, la fin en devient presque crédible, par le ton de voix, comme s’il ne s’agissait plus d’un jeu. Cette scène est à l’image du film: elle annonce le côté illusoire, fictif, du but de la bande d'amis - auquel ils croient pourtant: sortir du tombeau un ancien cinéma de la capitale, La Révolution, fermé (comme toutes les salles du pays) après le coup d’Etat d’Omar el-Bechir en 1989. Au fur et à mesure, on comprend que les quatre protagonistes - filmés de 2015 à 2017 - s’inscrivent dans l’histoire du cinéma soudanais des années 1970-1980, tué dans l’œuf, envoyant par conséquent les caméras, scénarios et pellicules croupir sous un tas de poussière. Cela ne les empêche pas de sillonner le pays en camionnette pour projeter des films dans les villages, quelle qu’en soit la précarité des moyens, avec leur association la Sudanese Film Group.

A la manière d’un Elia Suleiman, c’est avec de nombreuses touches d’humour que sont abordés les problèmes que rencontrent les cinéastes, ainsi que les moyens d’action du pouvoir. Par exemple, lorsque des solutions sont proposées pour concilier les moments d’appels à la prière (qui envahissent l’espace sonore) avec les images potentiellement sulfureuses des films qu’ils veulent projeter. Ou encore lorsque, de manière subtile, l’appel à la prière est associé au charabia de Charlie Chaplin dans Les Temps modernes (1936). A d’autres moments, c’est l’absurdité des arguments avancés par la Sécurité nationale pour entraver leur projet qui donne une forme de légèreté à ce qui est, au fond, dramatique. Car Talking About Trees fait état de la situation au Soudan. S’il laisse le pouvoir hors champ, il n’en suggère pas moins que ce dernier est partout. Dans le plan, ce sont surtout les réalisateurs, leur amitié et la ville qui s’offrent à notre vue.

Cette histoire est aussi celle du réalisateur, qui se souvient des années 1990 comme un «désert culturel» et qui, de la même manière que les protagonistes de son film, est parti étudier le cinéma à l’étranger, en France, où il a pu découvrir le travail de ces derniers. Si la situation change actuellement au Soudan, il n’empêche que Suhaib Gasmelbari signe une œuvre - en adéquation avec le poème de Bertolt Brecht «A ceux qui viendront après nous», auquel le titre du film réfère - qui mêle poésie et politique. Nul doute que cette combinaison a participé à sa consécration à Berlin où il a obtenu le Prix du Meilleur documentaire et celui de la section Panorama.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 15
Anthony Bekirov 13