The Irishman

Affiche The Irishman
Réalisé par Martin Scorsese
Titre original The Irishman
Pays de production U.S.A.
Année 2019
Durée
Musique Robbie Robertson
Genre Thriller, Biopic
Distributeur Bellevaux
Acteurs Joe Pesci, Harvey Keitel, Al Pacino, Ray Romano, Bobby Cannavale, Robert De Niro
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 824
Bande annonce

Critique

Avec The Irishman, film hanté, comme un dernier souffle, par la fin des carrières et des vies, Scorsese crève jusqu’au silence les bouffissures de l’univers mafieux. Un film long, trop long, mais qui marque par sa magistrale âpreté.

Une histoire de mafia, encore une, et portée notamment par de grands habitués du genre : De Niro, Pesci, Pacino. Mais dès le travelling d’ouverture, il est clair que le réalisateur n’entend rejouer ni Casino, ni Les Affranchis. De ce dernier film, on se souvient du fameux plan-séquence en steadicam qui nous montrait les rouages d’une mécanique pécuniaire pleine d’entrain; dans The Irishman, plongés que nous sommes dans un home pour personnes âgées, c’est un De Niro en bout de course que nous rencontrons, pour nous laisser conter l’histoire d’une ascension faiblarde (elle ne donne rien à fantasmer), puis d’un délitement total.

Scorsese a construit son film en s’inspirant du livre de Charles Brandt, écrivain des mémoires du fameux « Irishman ». De Niro joue donc le rôle de Frank Sheeran, un livreur aux origines irlandaises qui s’acoquine avec la mafia par le détournement de viande frigorifiée. Il se rapproche ainsi de Russell Bufalino (Joe Pesci), un parrain de la mafia pennsylvanienne, puis du président du syndicat des conducteurs routiers américains et adjuvant de la mafia, le célèbre Jimmy Hoffa (Al Pacino), dont il devient le garde du corps, l’ami, et l’assassin. C’est là son meurtre le plus ignoble, mais non le premier. La spécialité de Frank Sheeran était en effet de «repeindre les maisons» (du sang sur les murs).

Scorsese, lui, ne repeint pas les maisons, mais il ravale les façades: pour les besoins de l’histoire, les comédiens principaux ont été liftés numériquement (résultat approximatif). Ils ont été rajeunis, donc, pour être progressivement conduits vers la mort, au terme d’une trajectoire lente et dissolvante. Délitements physique (vieillissement), social (dissolution des liens familiaux et amicaux, solitude) et moral (les «valeurs» du milieu sont illusoires).

Et surtout, c’est la vantardise mafieuse, bulle flottante au-dessus des ruines et des morts, qui éclate. Ruinée à son tour, la mise en récit par voix-over qui, dans un surplomb souvent cabotin (comme dans Casino ou Les Affranchis), donnait du chic au sordide: dans le dernier tiers de l’histoire, celle-ci est quasi absente, de même que la musique. Nous sommes désormais à hauteur d’homme, six petits pieds sur terre. Silence, était intitulé l’avant-dernier film de Scorsese; il se prolonge ici, inquiet.
Le réalisateur a 77 ans.

Que dure encore ce qu’il semble tenir pour le dernier souffle de son œuvre. On en accepte toutes les longueurs.

Alexandre Vouilloz

Appréciations

Nom Notes
Alexandre Vouilloz 16
Camille Mottier 5
Blaise Petitpierre 14
Sabrina Schwob 15
Noé Maggetti 17
Philippe Thonney 16