Madame

Affiche Madame
Réalisé par Stephane Riethauser
Titre original Madame
Pays de production Suisse
Année 2019
Durée
Genre Documentaire
Distributeur First Hand Films
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans

Critique

Du cinéaste documentariste suisse Stéphane Riethauser on a peut-être encore en mémoire Le Temps suspendu (2007), un long métrage sur le peintre Marius Borgeaud, ou Le Jardin des étoiles (2016), une visite d’un vieux cimetière berlinois où reposent de nombreuses victimes du sida. Avec Madame, il parle de lui-même et de sa sexualité, en établissant un dialogue intime avec sa grand-mère Caroline, une vieille dame de 90 ans, énergique et autoritaire.

Cette relation constitue le fil rouge du film qui se présente comme un autoportrait de deux personnages se confiant l’un à l’autre. Tout cela au travers de riches archives filmées par le père de Stéphane d’abord et par son fils ensuite (qui a tenu très tôt une caméra dans ses mains). C’est ce matériau familial que le réalisateur de Madame a utilisé - il est aussi le narrateur du film -, inventant un dialogue avec lui-même, avec aussi, en arrière-fond, la société bourgeoise genevoise très aisée dans laquelle il a grandi. L’itinéraire assez particulier d’un enfant, puis d’un adolescent et d’un homme qui cherche à se définir, socialement et sexuellement, dans son contexte familial et bourgeois d’abord, et dans celui de toutes les rencontres qu’il fera par la suite.
En face de lui il y a Caroline, fille d’immigrés italiens, qui a réussi à se sortir des griffes d’un mariage arrangé et qui a fini par s’imposer avec succès comme brillante femme d’affaires dans un monde purement masculin. Stéphane, le petit garçon modèle, fera voler en éclats les règles de son milieu en affirmant haut et fort son homosexualité: il luttera par la suite contre toutes les formes de sexisme (on en aura la preuve par les images de plusieurs bandes d’actualités, dans la dernière partie du film).

On pourra critiquer sans doute la multiplicité et parfois la répétition d’images de films familiaux et privés, pas toujours indispensables. Difficile aussi de toujours accepter l’aspect très autocentré du récit et le caractère particulier de cette réflexion personnelle s’étalant sur trois générations d’une même famille: on aurait souhaité peut-être une réflexion s’organisant dans un sens social un peu plus large. Il y a là souvent des redites, des expressions qui peuvent étonner (ou choquer), des jugements discutables. Le narrateur fait preuve d’une sincérité évidente, d’un langage adéquat (mais cru à l’occasion), d’un humour un peu décalé aussi, citant en passant quelques non-dits sociaux (sans en faire l’analyse), et révélant en priorité tout ce qu’il n’a pas réussi à exprimer lui-même, ni osé transmettre à sa famille pendant son adolescence. Reste donc un document pour le moins personnel et inattendu, qui ne s’adresse sans doute pas à un très large public, mais qui se présente comme un témoignage sensible et une démarche originale.

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Antoine Rochat 13