J'accuse

Affiche J'accuse
Réalisé par Roman Polanski
Titre original J'accuse
Pays de production Grande-Bretagne, Pologne, France
Année 2019
Durée
Musique Alexandre Desplat
Genre Drame, Historique, Thriller
Distributeur Frenetic
Acteurs Emmanuelle Seigner, Jean Dujardin, Wladimir Yordanoff, Louis Garrel, Grégory Gadebois, Hervé Pierre
Age légal 10 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 823
Bande annonce

Critique

Réalisé dans une facture classique, le nouveau film de Roman Polanski rappelle les graves questions liées à l’affaire Dreyfus, questions qui exigent d’être analysées de façon rigoureuse, aujourd’hui encore.

En 1894, un bordereau issu de l’Ambassade d’Allemagne indique qu’un traître existe au sein de l’armée française. Cette dernière doit trouver le coupable de toute urgence. Arrogant et Juif, le capitaine Alfred Dreyfus est désigné; sa mise en accusation sauvera les ambitions du ministre de la guerre, Auguste Mercier, en même temps qu’il satisfera l’antisémitisme ambiant, celui des officiers de l’Etat-major notamment. Dreyfus est jugé et condamné la même année pour espionnage au profit de l’Allemagne. Dégradé en janvier 1895, il est déporté en Guyane et purgera sa peine sur l’île du Diable. Un an plus tard, le colonel Picquart, devenu chef des services secrets, intercepte un télégramme qui le laisse songeur. L’écriture du document, celle du commandant Esterhazy, ressemble à s’y méprendre à celle du bordereau attribué au capitaine Dreyfus comme preuve de sa culpabilité.

C’est ici que commence l’affaire Dreyfus. Roman Polanski s’y attache avec l’heureuse décision de la tourner en français. Il axe son film sur l’enquête engagée par le colonel Georges Picquart (Jean Dujardin, excellent) et ce qu'elle lui en a coûté. Présenté au dernier Festival de Venise, J’accuse a remporté le Prix du Jury mais aussi suscité la polémique. «Je connais bon nombre de mécanismes de persécution qui sont à l’œuvre dans cette affaire et cela m’a évidemment inspiré.» Les journalistes ont vu dans ces propos du cinéaste, présents dans le dossier de presse, un écho à sa vie privée, en particulier à la poursuite engagée contre lui pour le viol d’une adolescente commis en 1977. La réaction est déplacée; les artistes sont forcément influencés par leur expérience et Polanski a droit, comme tout créateur, à sa liberté d’inspiration. Surtout, la critique doit juger l’œuvre, non pas son auteur.

La réalisation de J’accuse se base sur le roman de l’écrivain et journaliste britannique Robert Harris, également coscénariste. Elle utilise un académisme discret, contrebalancé par une mise en scène efficace et rythmée. La reconstitution de l’époque - ambiances et personnages en particulier, comme Zola…) est habile et sans fatras: elle n’écrase pas le propos. Il faut noter toutefois quelques passages romancés discutables. Ainsi en est-il du rôle de Pauline Monnier (Emmanuelle Seigner), maîtresse de Georges Picquart, et de ses propos qui semblent un peu trop «libérés» pour le début du XXe siècle.

Cela dit, le public retiendra surtout le sens profond de ce film historique, car son enseignement est, aujourd’hui encore, plus nécessaire que jamais. Outre l’évidence d’un antisémitisme aussi actif que populaire dans les années dont parle le film, toujours rampant aujourd’hui, il y a le doute que suscite une prise de position institutionnelle contraire à sa conscience. Est-ce attaquer l’armée chargée de défendre la nation que dénoncer l’injustice dont elle fait preuve? Peut-on ignorer un ordre? C’est toute la question de la désobéissance civile. A cela s’ajoute l’importance du travail de la presse face à la désinformation.

Rien de tout cela n’épargne les sociétés du XXIe siècle, voilà un point sur lequel les progrès sont pour le moins ténus. Et c’est tout l’intérêt du J’accuse de Roman Polanski que de le rappeler. Car avec son style résolument placé au service du propos, le cinéaste laisse l’injustice occuper tout l’écran, tandis que le recul des années aide à en mesurer objectivement l’indignité.

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18
Georges Blanc 17
Sabrina Schwob 18
Alexandre Vouilloz 19