Peter Lindberg - Histoires des femmes

Réalisé par Jean Michel Vecchiet
Année 2019
Durée
Distributeur DCM
Acteurs Charlotte Rampling, Naomi Campbell
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 817

Critique

Peter Lindbergh, documentaire rendant hommage au célèbre photographe de mode, perd son spectateur, malgré une belle photographie, à trop vouloir saisir l’origine du génie de son protagoniste.
Après deux documentaires déjà consacrés à Peter Lindbergh - un portrait pour le premier (1997) tandis que le deuxième (Peter Lindbergh, Carnet de route, 2001) se concentre sur les rapports entre l’artiste et ses modèles -, Jean Michel Vecchiet cherche dans cette troisième réalisation à identifier la particularité de ce photographe, l’origine de son génie, par un récit biographique.

On prend plaisir à découvrir les œuvres de ce photographe allemand, qui, pour une grande partie d’entre elles, offrent un éclairage privilégié sur l’époque dans laquelle elles s’inscrivent: les clichés auxquels les usines et les machines servent de décor sont par exemple à l’image de la Ruhr industrielle de l’enfance de l’artiste.

A l’origine de ce portrait, plusieurs formats et sources d’archives. Ce foisonnement semble être un principe créateur à de multiples échelles. Efficace dans l’entremêlement des sources et des formats, de la musique également (de l’électro au classique en passant par de la musique américaine et espagnole), il constitue aussi le principal défaut du film à d’autres niveaux. Dans la première partie du film, différentes périodes de la vie de Lindbergh se côtoient, se bousculent et se succèdent trop rapidement, par un montage haché, avec pour but d’en faire une figure mythique et de créer un suspense quant au récit chronologique qui s’ensuivra.

La plus grande faille de ce documentaire, conséquence de ce foisonnement, est d’opérer une transition sur la vie de la mère de Peter et l’époque traumatisante qu’elle a traversée pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce retour en arrière est censé expliquer de quelle manière Lindbergh est devenu le génie qu’il est, compte tenu du vécu de sa mère. En dehors de l’aspect réducteur et bancal de ce rapprochement, la parenthèse sur cette période, précédée et suivie par une profusion de clichés de mode dérange, non seulement sur le plan moral, mais aussi dans la construction d’un récit aux liens trop distendus.

Enfin, le recours à une esthétique télévisuelle pour susciter l’émotion (par exemple par un split screen avec d’un côté de l’écran, une Naomi Campbell jeune et capricieuse, de l’autre la Naomi Campbell actuelle en train de regarder ce même film d’elle jeune, et qui y réagit) achève de discréditer ce documentaire. Heureusement, resteront en mémoire les images étranges, décalées et sublimes du photographe, notamment celles de Brittany Murphy, qu’on dirait tout droit sorties d’un film muet.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 12