Jeanne

Affiche Jeanne
Réalisé par Bruno Dumont
Titre original Jeanne
Pays de production France
Année 2018
Durée
Musique Christophe
Genre Drame, Historique
Distributeur Outside the Box
Acteurs Fabrice Luchini, Lise Leplat Prudhomme, Annick Lavieville, Justine Herbez, Benoît Robail, Alain Desjacques
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 819
Bande annonce

Critique

Mention spéciale du Jury Un Certzain Regard  au Festival de Cannes en 2019

Oh dame Jeanne! Par quelle étonnante malice, quel étrange entêtement avez-vous tant fait florès auprès de Monseigneur Dumont, pour qu’il dévoue non pas une, mais bien deux longues pellicules à votre humble sujet? C’est pourtant l’air accablé, teinté d’inexplicable, que l’on ressortira de la salle obscure…

Ce n'est point le premier opus cinématographique réalisé sur la jeune Jeanne; le muet déjà empruntait à la fameuse figure française son aura oscillant entre la folie et la foi, et le parlant s’est également emparé du panache de la surnommée Pucelle. Chez Dumont, la demoiselle est aussi dure que directive: elle seule discerne les divines voix qui l’enjoignent à encadrer l’armée du roi Charles VII afin de faire fuir les fieffés Anglais. Prodigieusement pieuse, éprise des Évangiles, elle ne parviendra pas à prouver sa fidélité au royaume de France lors d’un pernicieux procès. C’est donc accusée d’hérésie qu’elle finira, bien contre son gré, dans un funeste feu aux flammes formalistes.

Et cette forme, il nous faut y venir. Dialogues et décors se ressemblent: lourds, lents, liturgiques. Captée, qui dans la cathédrale d’Amiens, qui sur les dunes de la Côte d’Opale, la figure de la fillette est montrée dans une mise en scène terriblement théâtrale. Comme perchés sur des planches, les personnages promènent leurs peignoirs pompeux en récitant versets et arrêtés militaires dans un argot alambiqué. La temporalité est limpide, à l’inverse des maints et maints Monseigneur, Mon Maître ou Maréchal, créant une confusion occasionnellement comique. Le paroxysme de mon plaisir est précis: l’apparition pour quelques merveilleuses minutes de Fabrice Luchini dans le rôle du roi Charles VII. Seul sa prestance, on ne peut plus dramatique, permet enfin une élocution au moins aussi explicite qu’exquise.

Vous l’aurez compris, comme ce texte a voulu s’en faire le témoin, Jeanne a trop d’artificialité scénique, de détours lexicaux, de fanfreluches religieuses, dans cette production de Dumont. Charmée par P’tit Quinquin et Ma Loute, je suis par contre bien moins enthousiaste de ces deux essais médiévaux. De manière crue et concise: haro sur Dumont, et longue vie au roi.


Camille Mottier

Appréciations

Nom Notes
Camille Mottier 8
Serge Molla 9
Sabrina Schwob 18