Deux moi

Affiche Deux moi
Réalisé par Cédric Klapisch
Titre original Deux moi
Pays de production France
Année 2018
Durée
Musique Loïk Dury, Christophe Minck
Genre Drame, Comédie
Distributeur Frenetic
Acteurs Eye Haidara, Pierre Niney, Ana Girardot, Paul Hamy, François Civil, Rebecca Marder
Age légal 8 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 819
Bande annonce

Critique

Une femme, un homme: des voisins, la trentaine, qui, avant de se rencontrer, s’aimer eux-mêmes et pouvoir aimer, devront chacun achever un processus de deuil. Dommage que Deux moi se montre plus convaincant dans le projet que dans sa réalisation, au final superficielle.

Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot), tous deux introvertis, mal dans leur peau et refoulant avec peine des traumatismes passés - maladroitement insérés dans le récit -, mènent leur vie de solitaire parallèlement, avec des habitudes et des horaires similaires, sans se remarquer jamais. La mise en scène - bien qu’insistant de manière trop appuyée sur toutes ces occasions ratées en filmant à de multiples reprises les protagonistes dans le même cadre, à quelques centimètres l’un de l’autre - joue avec les attentes du spectateur en le laissant croire que chaque nouvel élément scénaristique introduit est le prétexte, enfin, d’une rencontre.

En intégrant dans son œuvre des réseaux sociaux tels que Facebook, Tinder ou Happn, Cédric Klapisch (auteur de la célèbre trilogie amorcée par L’Auberge espagnole ou encore de Paris) cherche à serrer au plus près les conséquences de ces modes d’interaction sur les célibataires désireux de rencontrer l’amour ou d’alléger, en attendant, le poids de leur solitude par une présence éphémère. Le message, presque moralisateur, est clair, et encore verbalisé par la psychanalyste de Mélanie (Camille Cottin): seule une rencontre dans le monde physique et résultant du hasard est susceptible de faire émerger le sentiment amoureux. La mise en scène alimente ce discours en montrant des êtres profondément seuls qui, au lieu de percevoir que l’amour se trouve de l’autre côté du mur, le cherchent aveuglément sur la toile.

Seulement, contrairement à ces aspirations à représenter de manière fidèle les modes de rencontre actuels, il y a dans les dialogues et les enchaînements narratifs une artificialité digne d’une démonstration mathématique peu rigoureuse: certains personnages secondaires apparaissent et disparaissent sans cohérence selon les besoins scénaristiques (Farida par exemple, alors qu’il semblerait qu’une accroche réciproque la lie à son collègue Rémy), des représentations vieillottes hantent l’œuvre (pour les villageois français, seuls les fous vont voir des psychologues) et certaines paraissent vraiment limites (si Farida part brusquement de chez Rémy après qu’il a tenté de l’embrasser, c’est qu’elle espérait qu’il lui court après). Le traitement reste en somme en superficie et seuls quelques gags parviennent à susciter le rire (notamment lors des scènes à l’épicerie). A vouloir faire un calque de la vie dans ce qu’elle a de plus essentielle sans tenir compte de ses subtilités, Klapisch fait une jolie bulle (à l’image de Rémy qui se définit ainsi), aérienne, légère, mais qui éclate une fois qu’on cherche à en saisir la consistance.


Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 9