C'est quoi cette mamie?!

Affiche C'est quoi cette mamie?!
Réalisé par Gabriel Julien-Laferrière
Titre original C'est quoi cette mamie?!
Pays de production France
Année 2019
Durée
Musique Frédéric Fortuny
Genre Comédie
Distributeur Pathé Films
Acteurs Julie Gayet, Julie Depardieu, Thierry Neuvic, Lucien Jean-Baptiste, Claudia Tagbo, Chantal Ladesou
Age légal 8 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 817
Bande annonce

Critique

Parce que C’est quoi cette famille?! a attiré 800’000 spectateurs français, il a semblé judicieux aux producteurs de lancer immédiatement une suite. Est-ce à dire que la famille (de multiples fois) recomposée de Bastien, Gulliver et Cie méritait que l’on raconte à nouveau son histoire? Vraiment pas.

Pour proposer un résumé suffisant de ce film, il faudrait faire abstraction de l’absence de scénario. Il suffira de dire que la famille trop nombreuse se retrouve cette fois dans la luxueuse maison de la grand-mère scandaleuse pour un été où amours adolescentes et crises parentales s’enchaînent.

On ne pardonne pas aux films qui n’ont rien à dire. Gabriel Julien-Laferrière, longtemps assistant de cinéastes aux œuvres conséquentes comme Chantal Akerman ou Claire Denis, s’est fait la promesse suivante: «Devenu réalisateur, je me suis juré de ne faire que des films dont on sort heureux, plus léger, un sourire aux lèvres, en respirant la vie». Il a oublié que même la légèreté demande une idée, un message qui brûle les lèvres et un regard pour lui donner forme. On comprend dès les premières secondes du film que de tout cela, il n’y aura trace.

La transparence complète des images et des personnages a de quoi époustoufler. L’esthétique générale rappelle les photographies anonymes qui peuplent les magazines bas de gamme et les articles de conseils qui pullulent sur internet. La marque la plus flagrante en sont les inutiles scènes d’«emprunts» à d’autres genres, totalement incongrues et accompagnées lourdement par la musique, qui vient clamer leur appartenance à nos oreilles: «Ceci est comme un film policier». «Comme», tout est dans ce terme, sauf que l’on est loin ici de l’hommage détourné, du clin d’œil discret ou de la variation intelligente. Les plans, comme les personnages d’ailleurs, ont été vidés de leur profondeur, de leur sens. Ils ne renvoient plus qu’à un lointain écho de ce que furent une fois les films et leurs protagonistes.

C’est là peut-être le plus angoissant: la disparition de toute individualité dans ces types connus que sont la grand-mère, les parents, les enfants. Leur multiplication excessive, comme pour combler en vain leur absence de vérité, offre la vision terrible d’un monde dans lequel seule l’apparence des êtres, de leurs relations, de leurs vies, importe. Qu’il n’y ait rien derrière à quoi l’on puisse se raccrocher, se confronter ne semble pas poser problème. Que cela ne soit pas totalement sans lien avec notre société de pure exhibition: rarement comédie aura autant ressemblé à un film d’horreur.


Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 3