Fast & Furious : Hobbs & Shaw

Affiche Fast & Furious : Hobbs & Shaw
Réalisé par David Leitch
Titre original Fast & Furious Presents: Hobbs & Shaw
Pays de production U.S.A.
Année 2019
Durée
Musique Tyler Bates
Genre Action
Distributeur Universal
Acteurs Dwayne Johnson, Helen Mirren, Jason Statham, Eddie Marsan, Idris Elba, Vanessa Kirby
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 817
Bande annonce

Critique

Bien que jouant sur le titre de la saga qui les a vus naître, Hobbs & Shaw s’éloignent ici quelque peu des courses de voiture et de l’ombre de Vin Diesel pour suivre leurs propres aventures.

Tout fan des Fast & Furious, notamment du dernier en date (le huitième, sorti en 2017), sera curieux de voir institués en duo les deux personnages ayant échangé le plus d’insultes lors de leur temps à l’écran. C’est que derrière une incapacité à se supporter, ou plutôt grâce à elle, la dynamique entre ces deux gros durs fonctionne à merveille - donc acte et nouvel opus!

Comme souvent, l’intrigue tient en peu de lignes: un virus mortel, qui pourrait causer l’anéantissement de l’humanité, a été dérobé par un membre du MI6. Qui d’autre que Luke Hobbs (Dwayne Johnson) et Deckard Shaw (Jason Statham) pour tenter d’éviter le pire? Sauf que la traîtresse en question est la sœur de Shaw, qui a cherché à protéger cette arme terrible du vrai méchant, un être bionique aux bien mauvaises intentions.

On peut bien sûr lever les yeux au ciel devant ce résumé qui fait appel aux grands poncifs du genre: le destin du monde menacé, un antagoniste-machine, reflet des craintes face à la technologie galopante, une espionne badass post Weinstein et deux protagonistes principaux prêts à assumer toute cascade ou réplique explosives. Le tout avec un peu d’émotion et d’autodérision jetées çà et là pour permettre l’identification aux personnages.

Mais il n’y a rien à dire, Hollywood connaît son métier. L’écrin est parfait. Les scènes d’action majestueuses succèdent aux échanges plus intimes ou comiques sans cassure de rythme et nous réservent même quelques beaux plans (vive les usines russes!) Vanessa Kirby (Princesse Margareth dans The Queen) ravit notre affection en insufflant, entre deux pirouettes mortelles, un vrai caractère à son personnage, pendant que Johnson et Statham font leur numéro parfaitement. Et l’on en viendrait presque à être ému face aux plans qui scellent la morale du film: c’est par l’amour (et la force brute) que l’on finit par vaincre la technique froide et déshumanisée.

C’est là que les choses se gâtent. Etourdi par la bande-son puissante et le flux implacable des images, on en viendrait presque à oublier les nombreux problèmes soulevés par le film. Que ce soit le rapport caricatural à l’altérité - notamment via un final aux îles Samoa -, ou l’absence complète de profondeur des héros face à un méchant bien plus touchant de par ses dilemmes, Hobbs & Shaw nous rappelle que la subtilité du propos n’est pas (toujours) le fort de ce genre de production.

N’y voir que le lieu du divertissement (et pas des grandes idées) serait toutefois l’erreur à ne pas commettre. Car derrière les sauts de voiture en voiture et les hommages au pouvoir de la famille, il y a un message bien plus dérangeant, et qui se multiplie dans les récits américains: l’intelligence est du côté des machines - ordinateur en tête - ou des individus qui fonctionnent comme elles et seuls les sentiments peuvent nous ramener vers une forme d’humanité (voir les séries ou films qui fonctionnent sur le mythe du génie informaticien et maladivement solitaire, de Mr. Robot, à Steve Jobs en passant par le prochain Terminator).

Ne pourrions-nous pas essayer de nous revendiquer d’une autre forme d’intelligence (combinée) et remettre la nécessité de la réflexion au cœur du débat? Et si elle s’accompagne de carambolages spectaculaires, c’est encore mieux!


Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 12
Noé Maggetti 14
Alexandre Vouilloz 9