Child's Play : La poupée du mal

Affiche Child's Play : La poupée du mal
Réalisé par Lars Klevberg
Titre original Child's Play
Pays de production U.S.A.
Année 2019
Durée
Musique Bear McCreary
Genre Epouvante-horreur
Distributeur Elite
Acteurs Aubrey Plaza, Brian Tyree Henry, Gabriel Bateman, Tim Matheson, David Lewis (IV), Beatrice Kitsos
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 816
Bande annonce

Critique

Lorsque Karen, mère célibataire à la situation un peu chaotique, se démène pour offrir une poupée hyper connectée à son fils Andy, elle est loin d’imaginer le cauchemar que ce cadeau va engendrer. En transposant Chucky quelque part entre Her, Terminator et la série Black Mirror (voir CF n. 815), ce remake s’avère être étonnamment bien vu et efficace.

Depuis 1988, la poupée Chucky a effrayé les spectateurs à pas moins de sept reprises. Cette saga tient donc une place à part dans le cœur des amateurs de films d’horreur. Plus que de simples slasher movies - films dans lesquels un serial killer massacre ses victimes une à une -, les films à la poupée meurtrière se distinguent par un humour noir corrosif, une vision subversive de la pop culture ainsi qu’une réflexion assez originale sur la place du spectacle d’épouvante au cinéma. On pouvait donc être sceptique à l’idée d’un remake sans les auteurs originaux, qui sentait plus l’opportunité commerciale qu’une volonté sincère de dépoussiérer le mythe. À l’heure où les films d’épouvante se suivent et se ressemblent, le risque de polissage de la violence et de perte du propos subversif était grand. Heureusement, ça n’est pas le cas!

Alors que dans l’original, la poupée devenait maléfique à la suite de la réincarnation d’un serial killer, en 2019 notre poupée n’est qu’un jouet technologique hyper connecté (aux smartphones, ordinateurs et autres appareils domestiques) dont on a simplement supprimé les filtres de grossièreté et de violence. Il ne s’agit que d’un programme conçu pour aimer et assister son propriétaire en observant le comportement et l’environnement de ce dernier. La bonne idée est donc de transformer Chucky en éponge de la société qui l’entoure. C’est en enregistrant le plaisir d’Andy et de ses copains devant la projection de films d’horreur qu’elle décide de les amuser avec les couteaux de la cuisine, amenant une métaréflexion plutôt habile. C’est en écoutant des propos quelque peu impulsifs à l’encontre du beau-père d’Andy que Chucky va le «soulager».

En proposant une société plus effrayante que son protagoniste monstrueux, ce nouveau Chucky garde donc toute sa force subversive. Certes, le propos n’atteint pas des sommets de subtilité, mais comment ne pas rire jaune lorsque le film présente un père qui se fait sauvagement massacrer à quelques mètres de ses deux filles, complètement déconnectées de la réalité par leur casque audio et l’écran de leur smartphone. Plus que l’affalement occidental dans les nouvelles technologies, c’est tout le business model mondialisé qui y est dénoncé, la source des dysfonctionnements du jouet résultant du mobbing d’un employé d’une entreprise sous-traitante au Vietnam.

La dernière bonne idée de cette relecture vient du casting de la voix de la poupée. Incarnée par l’excellent Brad Dourif dans la saga originale, c’est Mark Hamill qui reprend le flambeau. Peu connu au-delà de son rôle de Luke Skywalker dans Star Wars, l’acteur s’est pourtant fait une réputation pour ses excellents doublages de films d’animation… et de jeux vidéo. Dans ce Child’s Play, il a encore l’opportunité de faire montre de l’étendue de son talent vocal méconnu du grand public.

Dommage que derrière ces bonnes intentions, le scénario ne propose pas une histoire un peu plus complexe et une réalisation plutôt formatée. Toutefois, cela n’entachera en rien le plaisir des amateurs de séries B horrifiques devant cette relecture pertinente du mythe de la poupée tueuse.


Blaise Petitpierre

Appréciations

Nom Notes
Blaise Petitpierre 13
Noé Maggetti 14