Dieu existe, son nom est Petrunya

Affiche Dieu existe, son nom est Petrunya
Réalisé par Teona Strugar Mitevska
Titre original Gospod postoi, imeto i' e Petrunija
Pays de production Macédoine, Belgique, France
Année 2019
Durée
Genre Drame, Comédie dramatique
Distributeur trigon-film
Acteurs Labina Mitevska, Zorica Nusheva, Simeon Moni Damevski, Stefan Vujisic, Suad Begovski, Violeta Shapkovska
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 811
Bande annonce

Critique

Film de combat contre un droit coutumier misogyne, God Exists, Her Name Is Petrunya donne à voir la résistance d’une jeune Macédonienne dans sa ville.

La cérémonie est singulière: une procession religieuse jusqu’à la rivière, un crucifix jeté dans l’eau, une foule de nageurs qui bataillent pour le récupérer. Dans toute la Macédoine, on assiste à pareille pêche aux honneurs le 19 janvier, jour de l’Épiphanie orthodoxe. Béni, chanceux pour l’année, celui qui gagnera. Celui, pas celle. Car si un homme un seul doit l’emporter, il faut surtout que perdent toutes les femmes : et le meilleur moyen pour s’en assurer, c’est encore de ne pas les laisser jouer. Nous sommes à Štip, petite ville du pays. Et voilà que Petrunya (Zorica Nusheva, au jeu souvent énigmatique), historienne sans emploi qui vit encore chez ses parents, se jette à l’eau et fait main basse sur l’objet.

Monstre de Petrunya, dans l’optique mâle : on la trouve «moche», déjà trop vieille (32 ans), et têtue avec ça. Gros bout de femme qui n’a pas la décence de disparaître dans son chômage, et qui maintenant ne veut pas rendre la croix. Aux répétitives et saintes paroles qui ont précédé le concours succèdent le chapelet des insultes misogynes, répétitives elles aussi, et les pressions. Tout le monde, ou presque, s’y met: la police bien virile et bien bête, le pope et son couvre-chef à croix d’or, la mère, vulgaire et très déçue, et la meute des fidèles furibonds. Le principal (et seul véritable) soutien viendra d’une journaliste téméraire, féministe, qui veut aider coûte que coûte. Petrunya lâchera-t-elle?

 Inspiré d’une histoire vraie, ce film permet donc à la réalisatrice Teona Strugar Mitevska de pointer du doigt les travers patriarcaux d’une Macédoine qu’elle estime peu changée depuis le Moyen Âge sur ce point. C’est un film à juste titre révolté, mais dont la vérité souffre d’un scénario et d’une mise en scène parfois peu crédibles, trop caricaturaux. La plupart des personnages qui gravitent autour de Petrunya et cherchent à lui faire lâcher prise incarnent une composante du patriarcat (Église, État, passions de la foule aveugle, force de la tradition), mais ils n’incarnent hélas que ça, ou peu s’en faut. On rirait des hyperboles (et c’était peut-être le but), si tout cela n’était pas aussi démonstratif: il semblerait que la cinéaste ait craint que le spectateur ne passe à côté du sujet. Les scènes se répètent, comme les dialogues, et ces redondances usent une bobine qu’on aurait souhaité plus tendue: on finit hélas par se détendre dans son fauteuil, trop certain du déroulement de l’histoire.

Les combats sociaux courent toujours le risque de voir le public se détourner par ennui. Pour écarter cet écueil il faut de l’art, non seulement de l’indignation: ce film manque un peu du premier.


Alexandre Vouilloz

Appréciations

Nom Notes
Alexandre Vouilloz 12
Georges Blanc 15