Coeurs ennemis

Affiche Coeurs ennemis
Réalisé par James Kent
Titre original The Aftermath
Pays de production Grande-Bretagne
Année 2018
Durée
Musique Martin Phipps
Genre Drame, Romance
Distributeur Fox-Warner
Acteurs Keira Knightley, Martin Compston, Alexander Skarsgård, Jason Clarke, Kate Phillips, Flora Li Thiemann
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 811
Bande annonce

Critique

Nous l’avouerons, il y avait, à aller voir Cœurs ennemis, la légère crainte d’assister à un banal mélodrame, à l’intrigue et aux déchirements convenus et calculés, comme on nous en propose régulièrement. Mais c’était oublier à quel point, bien mené, ce genre peut atteindre à quelque chose de plus.

Pourtant, rien en apparence, ne distingue ce film des autres: un drame intime sur fond historique, des bons acteurs faits pour leur rôle et les couleurs grises de l’hiver et du passé pour dire l’étouffement des sentiments et des êtres. Alors que l’armée anglaise a pris le contrôle de la ville, Rachael Morgan (Keira Knightley) arrive à Hambourg pour retrouver son mari (Jason Clarke, magnifique). Les fonctions de colonel de ce dernier, une tragédie familiale et la Seconde Guerre mondiale ont fait de ces époux des étrangers. Et Rachael qui croyait qu’ils allaient enfin pouvoir se retrouver se voit obligée de cohabiter dans une grande demeure, saisie à un architecte allemand, Herr Lubert (Alexander Skarsgård), tandis que son mari est sans cesse rappelé à son devoir militaire. Dans ce lieu où le conflit peine à se faire oublier, les solitudes se croisent, se fuient et finissent par se rapprocher…

Tout au long du film, la violence qui règne dans les rues entre les résistants du Reich et les «libérateurs» ressurgit, comme un écho aux souffrances des habitants de la maison. Il faut en effet accepter que la grande Histoire ne soit qu’une métaphore de l’intime. On est alors libre de se concentrer sur les trois adultes et la relation qui se noue entre Rachael et l’architecte - la trajectoire de la fille de ce dernier, qui sert de lien peu convaincant avec la «réalité» extérieure, lasse vite par son côté artificiel.

Laissés à eux-mêmes dans ces espaces vides mais coupés de tout, Rachael et Lubert tentent vainement de combler le gouffre béant causé par la perte d’un être aimé. C’est d’abord par des objets, des traces du quotidien, que la jeune femme va chercher à créer l’illusion d’une vie normale, sans cesse réduite à néant malgré ses efforts. Puis, il y a l’affrontement, la violence - quasi désirée - des paroles et des rapports pour se sentir vivante qui va faire naître la passion entre eux. Mais il faut voir Keira Knightley se déplacer comme un fantôme dans les pièces pourtant belles, absente malgré tout à ce qui l’entoure; il faut contempler son visage figé, une seule fois animé par un sourire, pour comprendre que tout cela ne suffit pas, ne peut pas suffire.

En faisant de cet espoir de retour, vers son époux d’abord puis vers la vie, non pas le triomphe de la romance éphémère mais le parcours nécessaire et difficile d’une femme en elle-même, le film transcende son sujet et ses faiblesses de scénario. A la toute fin, une musique se rappelle à notre oreille et à notre esprit, celle de Martin Phipps, le compositeur. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que les Anglais, origine du réalisateur également, ont un talent certain pour les beaux mélodrames et les paysages tout de blanc vêtus.


Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 15