Emploi du temps (L')

Affiche Emploi du temps (L')
Réalisé par Laurent Cantet
Pays de production France
Année 2001
Durée
Musique Jocelyn Pook
Genre Drame
Distributeur Haut et Court
Acteurs Karin Viard, Aurélien Recoing, Serge Livrozet, Nicolas Kalsch, Jean-Pierre Mangeot
N° cinéfeuilles 425
Bande annonce

Critique

"A l'image de son héros Vincent, un film bourré de qualités tombe dans son propre piège.

Vincent, consultant en entreprise, cache à tout son entourage qu'il vient d'être licencié. Il fait croire que, lassé par son job actuel, il veut changer d'emploi. Sa difficulté à reconnaître devant les autres sa vraie situation l'oblige peu à peu à tisser un univers factice: il s'invente un nouvel emploi à l'ONU à Genève et organise sa vie autour de cette mystification. Contraint de trouver à tout prix de l'argent pour que sa vie et celle de sa famille reste possible, Vincent trompe ses amis et s'enfonce dans un monde trouble. Entre vérité et mensonge, habileté et illégalité, clairvoyance et dérapage mental, Vincent refuse toute communication et entre dans un cercle vicieux. Il est en fait pris dans les mailles de son propre filet.

Le film est superbe (récompensé du Lion de l'année à la Mostra de Venise). L'image épouse amoureusement les situations décrites, imprègne profondément l'âme du spectateur, séduit tant par les huis clos sombres des intérieurs familiaux, les tons glauques des petits matins en parking ou la splendeur de la montagne où Vincent reprend souffle. La bande-son est soigneusement travaillée, le montage parfaitement ajusté, les comédiens magnifiques, magnifiquement choisis et dirigés! Malgré leurs disparités - professionnels issus du théâtre (Aurélien Recoing) ou du cinéma (Karin Viard), amateurs, acteurs au statut particulier (Jean-Michel, incarné par Serge Livrozet, est un ancien ""perceur de coffres"" judicieusement planté dans son propre rôle à la charnière du film) - tous se fondent dans la belle pâte de cette onctueuse fiction.

L'emploi du temps, malgré toutes ces qualités, ne parvient pas à convaincre. Le scénario s'inspire d'un fait divers qui avait tourné au drame, celui de Jean-Claude Romand. Les scénaristes gardent de ce dernier, pour leur personnage central, la capacité ahurissante à assumer une double vie. ""Mais nous tenions, ajoutent-ils, à évacuer la dimension 'monstrueuse' du meurtrier, à gommer l'aspect pathologique du personnage."" Ce faisant, l'histoire de Vincent devient virtuelle. Comme privée de mobile, elle perd sa colonne vertébrale et les scénaristes ne lui en donnent pas une autre.

Vincent déambule dès lors ""impunément"" d'un bout à l'autre du récit qui apparaît soit comme une justification de sa lâcheté, soit comme une normalisation du dérapage psychique qu'il est en train de vivre. Le scénario l'enferme comme une huître dans son personnage silencieux. Gravitent autour de lui des êtres solides et structurés qui, tant qu'ils seront privés d'une confrontation claire avec lui, ne peuvent prétendre à la crédibilité. Comment croire par exemple au personnage de Muriel, femme et mère parfaite, au couple modèle présenté, au milieu de tant de mensonges et d'évitements. La force d'un couple ne réside-t-elle pas dans la seule capacité des conjoints à communiquer? Si à plusieurs reprises le film semble renoncer à la stratégie de l'anguille - merveilleuse séquence dans la brume, dialogues d'amitié avec Jean-Michel, somptueuses dernières séquences - la porte reste close. Un film à voir pourtant, parce qu'il est beau et parce qu'il offre - à contre-courant - une bonne occasion de se situer face à la société, face aux proches et face à soi-même."

Ancien membre