C'est la vie

Affiche C'est la vie
Réalisé par Jean-Pierre Améris
Pays de production France
Année 2001
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur Pan Européenne Edition
Acteurs Jacques Dutronc, Jacques Spiesser, Sandrine Bonnaire, Annie Grégorio, Marilyne Canto
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 425
Bande annonce

Critique

"Une chose est au moins certaine: on ne peut pas reprocher à Jean-Pierre Améris d'avoir choisi un sujet ""grand public"". Rien de moins spectaculaire que ce film inspiré du livre de Marie de Hennezel, ""La Mort Intime"". C'EST LA VIE raconte les dernières semaines d'un homme condamné par le cancer et qui sait ses jours comptés. Un sujet difficile, abordé dans l'ensemble avec pudeur et sensibilité.

Marie de Hennezel a donné l'occasion à Jean-Pierre Améris de visiter et connaître ""La Maison"", à Gardanne (près de Marseille), un centre de soins palliatifs accueillant une douzaine de malades entourés par une équipe d'une trentaine de soignants et de bénévoles. Le cinéaste a procédé ensuite à une reconstitution du décor, engageant des acteurs professionnels et amateurs, des soignants et des malades, et une partie de l'équipe du centre hospitalier est venue participer à la réalisation. Fruit de cette rencontre du cinéaste avec le personnel soignant de ""La Maison"", C'EST LA VIE est un film porteur d'une forme d'authenticité liée à la présence de professionnels de la santé et d'acteurs qui jouent juste. Et de ce contexte d'accompagnement de malades en fin de vie se dégage paradoxalement une image très forte de la vie elle-même, avec ses rires et ses pleurs, ses moments de joie et de résignation. On fait la fête, on s'amuse, mais on parle aussi très librement de questions graves. Ce sont là sans doute les meilleurs moments du film.

Jacques Dutronc prête au personnage central de Dimitri sa silhouette fatiguée et son visage creusé. Solitaire et révolté, il va peu à peu découvrir son besoin des autres, trouver sa place au sein d'un groupe et nouer des liens d'amitié et d'amour. Mais il n'y a rien d'idyllique dans ce lieu où ne manquent ni les conflits, ni les solitudes, ni les souffrances. Dans le rôle d'une collaboratrice bénévole du centre hospitalier, Suzanne (Sandrine Bonnaire) éprouve un mélange de fascination et d'affection pour Dimitri. Celui-ci, d'abord revêche, se laisse peu à peu apprivoiser et il connaîtra quelques (ultimes) moments de bonheur et de paix dans une relation - toute pudique - avec elle. C'est la rencontre entre un homme qui a peur de mourir et une femme (on en découvrira les raisons) qui a peur de vivre. Le temps très court d'un accompagnement, ils pourront échanger leurs inquiétudes et se porter aide. Une forme de don mutuel.

Il s'agit sans aucun doute d'un film difficile: comment intéresser en effet un large public aux problèmes posés par les personnes en fin de vie? C'EST LA VIE est un film ""hors normes"", qui s'efforce d'éviter tout effet (mélo)dramatique et qui paraît faire fi - c'est une démarche sympathique - des règles du show-business.

On peut tout de même exprimer une série de réserves. Est-ce le caractère trop prévisible de l'intrigue qui gêne? Ou les regards parfois trop appuyés des deux acteurs, de Sandrine Bonnaire en particulier? Y a-t-il une forme de réticence de la part du spectateur à admettre qu'un tel sujet - intime s'il en est - soit porté par deux acteurs célèbres, même s'ils ont manifestement cherché à jouer avec une très grande humilité? Est-ce la difficulté éprouvée par le cinéaste à évoquer, en images et en contrepoint de la présence de la mort, la beauté de la vie?

Certaines scènes, comme le voyage en avion ou la soirée karaoké, passent mal et ne permettent pas au spectateur d'oublier qu'il est au cinéma. Les images choisies (la nature, les arbres, le ciel) sentent le ""déjà vu""...

C'EST LA VIE reste un film très attachant et intéressant, qui peine parfois à trouver son rythme et son équilibre interne. Une œuvre qui aborde un sujet grave, rarement traité au cinéma, traversé pourtant par un certain optimisme."

Antoine Rochat