Qui a tué Lady Winsley ?

Affiche Qui a tué Lady Winsley ?
Réalisé par Hiner Saleem
Titre original Who Killed Lady Winsley?
Pays de production Turquie, France, Belgique
Année 2018
Durée
Genre Policier, Comédie
Distributeur Agora
Acteurs Mehmet Kurtuluş, Ezgi Mola, Ahmet Uz, Mesut Akusta, Ergun Kuyucu, Şenay Gürler
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 804
Bande annonce

Critique

Ce film policier s’affranchit des poncifs du genre sans rien perdre de son intérêt. Si la question du titre demeure posée jusqu’à la fin, elle n’empêche pas la prise en compte des problèmes sociétaux que révèle l’enquête.

Le titre évoque les romans d’Agatha Christie. Toutefois, aller plus loin dans la comparaison laisserait supposer une superficialité que le dixième long métrage de Hiner Saleem n’a à aucun moment. Ce film policier, mené habilement, ne craint pas de mêler un humour savoureux à des thèmes difficiles. Tourné en Turquie, dans la petite île de Büyükada (Bosphore), il expose la société qui l’accueille dans ce qu’elle a de délicieusement surannée, mais aussi dans son attachement aux traditions les plus discutables. Celles qui touchent à la condition féminine par exemple et, surtout, à la haine persistante contre les Kurdes. Tout cela est abordé avec beaucoup de discrétion.

Le commissaire Fergan (Mehmet Kurtulu?) arrive d’Istanbul pour reprendre une enquête demeurée sans réponse: qui a assassiné Lady Winsley, une Etasunienne installée dans l’île pour l’hiver. L’homme découvre les habitants et les lieux en même temps qu’il interroge les uns et les autres; c’est son point de vue qui prévaut. Fergan est considéré comme un «étranger» parce qu’il vient de la ville. Il ne lui sera pas facile de percer les secrets qui lient étroitement la communauté, liée tout aussi étroitement par ses multiples liens de parenté.

La petite ville balnéaire, vidée de ses touristes par la mauvaise saison, donne lieu à des plans singuliers. Les traits parodiques de sa population - jamais grotesques - font sourire en même temps qu’ils soulignent l’immobilisme, le rejet du changement, ainsi que la méfiance envers l’intrus qu’est le commissaire. «L’humour, l’absurde et la folie accompagnent mes personnages comme ils accompagnent chaque être humain qui veut vivre, ou qui tente de survivre.»

Né dans la Kurdistan irakien, Hiner Saleem a dû s’exiler à l’adolescence, «la pire malédiction pour un Kurde», précise-t-il. L’école de cinéma dont il rêvait, il l’a suivie en réalisant ses propres films, aidé par ceux qui ont cru en lui. Avec Qui a tué Lady Winsley?, il rappelle les tensions entre Turcs et Kurdes «mais sans être sentencieux sur le fond. C’est une histoire universelle qui traite des rapports intemporels entre les hommes.» C’est tout le talent du cinéaste que d’inscrire son scénario dans un lieu exactement situé sur la carte, tout en démontrant au public qu’en fin de compte, ces comportements sont propres à la nature humaine.


Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 15