Free Men

Affiche Free Men
Réalisé par Anne-Frédérique Widmann
Pays de production Suisse
Année 2018
Durée
Genre Documentaire
Distributeur Bellevaux
Acteurs Kenneth Reams, Isabelle Watson Reams, Amelia Akins
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 807

Critique

Certains films sont indissociables du contexte dans lequel ils sont nés, puis présentés. Free Men en fait partie. Le documentaire d’Anne-Frédérique Widmann n’est qu’une étape dans la lutte que mène Kenneth Reams, dans sa cellule du couloir de la mort en Arkansas depuis vingt-cinq ans. Lutte pour sa vie, pour la justice - comme trop souvent aux Etats-Unis, il a été condamné alors qu’il était innocent -, pour l’art aussi.

C’est d’ailleurs autour de l’art que se sont rencontrés la réalisatrice et l’artiste, par téléphone, en 2015. Kenneth Reams avait alors déjà monté une première exposition autour de la peine de mort et cherchait à faire connaître cette réalité au-delà des frontières. Inventer les conditions pour créer dans une cellule d’isolement, et pour juste ne pas être réduit à rien, demande une force extraordinaire. Ce sont ces deux choses qu'Anne-Frédérique Widmann cherche à nous montrer: des lieux de déshumanisation totale, où l’on décide soudain d’exécuter dix détenus avant que les produits létaux n’expirent, et face à eux, la dignité inébranlable d’hommes qui redéfinissent pour nous tous ce que signifie vraiment qu’«être humain».

Montrer quoi que ce soit sera d’ailleurs compliqué, puisque le contact avec Kenneth n’est possible que par téléphone, avec une liste de personnes retreintes. C’est donc par la voix que ce dernier se présente à nous, alors que les blocs pâles de la prison se découpent au fond de l’image. Une voix qu’il faut réussir à faire entendre, malgré les communications limitées et l’Etat d’Arkansas qui veut à tout prix l’exécution. Les plans de la prison, vides, froids, s’enchaînent, comme si même une fois parvenu dans cet endroit, on ne pouvait jamais saisir pleinement la vie qui s’y déroule.

Peut-être parce qu’elle est, malgré tout, pour nous en tout cas, dehors. Auprès des proches de Kenneth, qui mènent aussi la lutte depuis l’extérieur: notamment Isabelle, sa compagne, artiste française qui monte tous les projets artistiques du détenu à l’étranger, et Ndume, ancien condamné qui intervient maintenant auprès des jeunes afro-américains d’Arkansas pour éviter qu’ils ne tombent dans le piège de la criminalité. Tous ces destins croisés par la réalisatrice se confondent toutefois avec l’importance du message que nous transmet Kenneth Reams.

Je parlais avant de contexte: voir Free Men, actuellement, en Suisse, c’est, après la séance, pouvoir entendre cette même voix qui parcourt le film, grâce au seul téléphone de la prison, réservé pour l’occasion. Tout à coup, le documentaire devient réalité et vous êtes bien dans une salle de cinéma, tandis que Kenneth parle, écoute, témoigne encore et toujours du lieu qui constitue son univers depuis ses 18 ans. Alors, peut-être, son message se fait mieux entendre: entendez-moi!


Adèle Morerod