Green Book : Sur les routes du sud

Affiche Green Book : Sur les routes du sud
Réalisé par Peter Farrelly
Titre original Green Book
Pays de production U.S.A.
Année 2018
Durée
Musique Kristopher Bowers
Genre Drame, Biopic
Distributeur Elite
Acteurs Viggo Mortensen, Linda Cardellini, Mahershala Ali, Sebastian Maniscalco, Dimiter D. Marinov, P.J. Byrne
Age légal 12 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 805
Bande annonce

Critique

Deux hommes, l’un noir, dans le sud des Etats-Unis en 1960. Détournant les clichés, Green Book s’empare d’un sujet qui semblait trop délicat pour être bien traité et réaffirme l’importance de la discussion dans toute rencontre véritable.

Lorsqu’un film se recommande à ses spectateurs sur la base du fameux «d’après une histoire vraie», il y a en général à craindre que ce soit là son seul (faible) gage de qualité. Par ailleurs, la présence derrière la caméra de Peter Farrelly, l’un des deux frères réalisateurs de Mary à tout prix et Dumb & Dumber De, fleurons de la comédie américaine extrême, avait encore davantage de quoi laisser songeur. Surtout pour conter le périple d’un pianiste virtuose, le Dr Shirley (Mahershala Ali), décidé à jouer dans les salles du sud, accompagné dans sa démarche par Tony (Viggo Mortensen), chauffeur désigné et surtout italo-américain du Bronx, aux idées un peu arrêtées.

Et pourtant. Parce qu’il fait des deux personnages le centre du récit, le film permet aux nombreuses thématiques de se déployer à partir d’eux, de leurs expériences et leurs conceptions du monde, évitant ainsi le piège des discours généralistes. On ne peut que saluer ici le travail d’écriture qui confère, pour une fois, une profondeur et une multiplicité de facettes à des figures, dont la difficulté à être aurait pu facilement se réduire à leur couleur de peau ou à leur origine sociale. Dès lors, chaque scène sonne juste, à hauteur d’homme; une sensibilité de traitement d’ailleurs renforcée par la présence discrète du réalisateur, qui choisit d’éviter les effets dramatiques appuyés pour privilégier une évolution des rapports dans la durée.

Il s’agit sans doute de l’élément le plus marquant que nous réserve Green Book. Trop souvent, le choc entre deux univers étrangers - et la découverte des manières d’être et des valeurs de l’autre qui en découle -, se fait dans une forme de mimétisme un peu magique, où l’on finit par se comprendre sans rien s’être dit. Tout ceci est ici rejeté en bloc au profit du dialogue. Mais, là encore, pas de thématisation plate du racisme, de la différence ou de l’éducation mais un échange pour l’échange, sur du quotidien, que ce soit le poulet frit, la musique, ou encore les lettres que Tony envoie à sa femme. Ainsi, à chacun leur tour, l'un apprend non pas à se faire entendre mais à se construire une voix et à exister aux yeux de l’autre dans toute sa singularité. Et c’est là, au bout de la route, que peut vraiment commencer le partage…

Il fallait bien deux acteurs aussi puissants que Viggo Mortensen, qui ne cesse décidément de s’élever avec une belle exigence, et Mahershala Ali, déjà à couper le souffle dans Moonlight (Oscar du Meilleur film et du Meilleur second rôle en 2016), pour incarner avec autant de grâce, d’humour et d’intelligence ces deux êtres qui se rencontrent pour mieux se reconnaître.

Le film a reçu 3 Golden Globes:
Meilleur film
Meilleur scénario
Meilleur acteur dans un second rôle (Mahershala Ali)

Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 16
Sabrina Schwob 16
Georges Blanc 15
Serge Molla 16