Girl

Affiche Girl
Réalisé par Lukas Dhont
Titre original Girl
Pays de production Belgique
Année 2018
Durée
Musique Valentin Hadjadj
Genre Drame
Distributeur DCM
Acteurs Arieh Worthalter, Victor Polster, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Damen, Valentijn Dhaenens
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 798
Bande annonce

Critique

Caméra d'or et Prix d'interprétation masculine UCR à Victor Polster au Festival de Cannes

A travers l’histoire d’une adolescente, Lara, d’abord née sous le nom de Victor, le jeune réalisateur belge Lukas Dhont rend compte de la solitude intérieure et des souffrances que provoque à cet âge l’inacceptation de son corps.

Lara (Victor Polster), à l’essai dans une nouvelle école de danse, doit combler ses lacunes par un entraînement intensif et quotidien. Cette lutte effrénée - manifeste dans de nombreuses séquences - pour parvenir au même niveau que ses camarades se double d’un autre combat tout aussi éprouvant: se faire reconnaître comme étant une fille auprès d’un groupe d’adolescentes. En attendant une intervention chirurgicale pour changer de sexe, Lara cherche à nier son genre, en atrophiant par exemple son membre viril à l’aide de ruban adhésif, tant il suscite de répugnance en elle.

Girl restitue avec délicatesse la tentative, toujours échouée pour Lara, d’être identique aux autres filles. Plus grande et plus musclée, elle essaie, avec pudeur, de s’initier au sein d’un groupe qui maintient la différence, processus qui atteint son paroxysme dans une séquence, malheureusement clichée, d’humiliation. Introvertie et incapable de partager la souffrance qui l’habite, elle se mure donc dans le silence.

On salue le choix du réalisateur de ne pas avoir cherché à expliquer les causes à l’origine de la décision de Lara; au contraire la caméra se borne à observer les difficultés au sein d’une famille dont on sait peu de choses, ni même pourquoi la mère est absente. Cette discrétion intervient aussi dans la manière dont s’expriment les émotions de la protagoniste, qui va tapoter avec un sourire le rebord d’une fenêtre pour manifester sa joie.

Hélas, certains défauts viennent pâlir les qualités évidentes de Girl. Les autres personnages du film subissent un traitement bâclé, notamment celui du père, malgré une bonne prestation de l’acteur Arieh Worthalter, et du frère, comme si leur existence dépendait de leur rapport avec Lara. Les dialogues sont eux aussi peu soignés - que l’on songe à la scène de dispute entre Lara et son père dans la cuisine -, créant une distance avec la tonalité dramatique du moment.

     Sur le même sujet, on lui préfère de loin le documentaire Bixa Travesty, dans lequel la chanteuse Linn da Quebrada fait de sa différence une force pour offrir une représentation nouvelle d’une masculinité féminisée.

Sabrina Schwob


Lara n’a qu’un rêve, devenir danseuse. Pour cela, elle est prête à tous les efforts, fussent-ils douloureux. Elle a même réussi à intégrer une très bonne académie de danse classique, donc tout devrait aller pour le mieux. Le problème, c’est que Lara, qui vit avec son père et son jeune frère, est née Victor, avec un corps de garçon, et qu’elle est en plein processus de changement de sexe. L’adolescence n’est déjà pas une simple période à vivre, tant au niveau de la transformation physique que psychique, alors doubler ce passage par une mutation radicale d’identité, ou l’accentuation de son identité profonde, relève d’un défi presque insurmontable. Le jeune Victor Polster incarne ce rôle très particulier avec une conviction hors pair. A chaque répétition de danse, on sent tout à la fois chez Lara le désir de réussir et la peur qui lui vrille le ventre. La prise d’hormones va-t-elle accélérer le changement tant espéré et aussi rapidement qu’attendu ? Père et petit frère peuvent-ils vraiment comprendre ? Et les copines de danse, sont-elles des alliées ou… ?

Ce premier film touche juste, sans pathos, en soulignant que l’identité sexuelle dépasse de loin la vie affective. Inspiré du témoignage d’un jeune danseur qui refusa que l’on réalise un documentaire sur son parcours. Cette fiction atteint pleinement son objectif, permettre de comprendre, non seulement intellectuellement, mais également émotionnellement, les obstacles qui s’érigent pour accéder à son véritable soi.

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 12
Serge Molla 18
Georges Blanc 16