Une Valse dans les allées

Affiche Une Valse dans les allées
Réalisé par Thomas Stuber
Titre original In den Gängen
Pays de production Allemagne
Année 2018
Durée
Genre Drame, Romance
Distributeur Xenix
Acteurs Franz Rogowski, Sandra Hüller, Peter Kurth, Andreas Leupold, Michael Specht, Steffen Scheumann
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 797
Bande annonce

Critique

«Ce film, c’est l’amour et la mort au supermarché», indique le réalisateur. En même temps qu’il se plonge dans l’activité d’un entrepôt, Thomas Stuber esquisse l’ambiance de l’ex-Allemagne de l’Est, dont la froideur ne réussit pas à freiner l’humanité.
C’est un film étonnant; il pourrait faire penser aux œuvres du Russe Andreï Zviaguintsev en ceci que, évoquant une histoire intime, il desserre son décor pour évoquer un environnement plus large, marqué par une histoire politique difficile. A l’inverse de Zviaguintsev, cependant, Thomas Stuber ne désespère pas de la nature humaine. Peut-être est-ce parce qu’aujourd’hui, la vie est moins âpre dans son pays d’origine. Mais c’est plutôt de Aki Kaurismäki que le réalisateur allemand se revendique, trouvant un écho à sa thématique dans celle du maître finlandais, ainsi leur goût commun pour le silence et la solitude.
 Fraîchement embauché comme magasinier dans une grande surface, Christian (Franz Rogowski) est confié à l’expérience de Bruno (Peter Kurth) pour sa période d’essai. Dans les allées de l’entrepôt, il apprend à manier les emballages, les palettes, les chariots. Il découvre aussi, peu à peu, la diversité d’un monde qui n’en a pas et les surprises d’une vie monotone. Les amitiés, rudes, solides, trouvent à s’épanouir entre les paquets de bières ou de surgelés. L’amour aussi, peut-être.
Il y a du spectaculaire dans l’absence de joie du décor de ce film. Outre la grisaille de l’entrepôt, l’autoroute voisine et ses moteurs qui tournent à l’infini, la vaste plaine saxonne, ce sud-est de l’Allemagne de l’Est qui n’a pas encore digéré le choc de la réunification, lointains horizons que le crépuscule bleuit, petites maisons, toutes semblables, plus ou moins accueillantes. On y perçoit plus de fatalisme que de misère.
 Thomas Stuber adapte une nouvelle de Clemens Meyer. Après l’avoir lue, «l’idée de cet homme solitaire qui se fond dans les allées d’un supermarché ne me quittait pas», explique-t-il. C’est une histoire «profonde et tragique, mais il y a beaucoup de non-dits. Le lecteur, et désormais le spectateur, doivent rassembler tous les indices.»
Rassembler les indices pour trouver leur lecture de l’histoire. L’art de la suggestion, c’est ce qui donne sa qualité à une œuvre. Une valse dans les allées est tout entier occupé par le silence. Bruno, par exemple, ne s’aventure guère dans des phrases de plus de cinq mots. Que ne dit-il pas pourtant et comme on perçoit à travers elles son âme nouée.
Tout aussi réservé, voire secret, Christian observe sa collègue Marion (Sandra Hüller, l’excellente actrice de Toni Erdmann, 2016). Ce qui naît entre eux peine à s’expliciter. Mais ce que les dialogues ne disent pas, la mise en scène le donne à voir, délicatement, pas après pas. Les élans, les attirances se devinent. Autour du couple, l’équipe se connaît parfaitement bien. Chacun sait tout des autres au point de former un groupe aussi bienveillant qu’hétéroclite.

On retrouve, là, Kaurismäki et son sens de l’absurde. C’est dans ce supermarché froid aux odeurs de carton, inconnu à la lumière du jour, que Christian et ses collègues connaissent une forme de fraternité, un endroit où laisser entrevoir leurs soucis. C’est dans l’entrepôt qu’ils vivent l’esprit de famille.

Et c’est par cette ambiance que Stuber tourne le dos à Zviaguintsev et ses personnages désespérés. Certes, lui aussi met en scène la difficulté de vivre dans une région où l’exutoire consiste à répéter que «c’était mieux avant». Mais peut-être qu’aujourd’hui, une lueur se lève sous les néons de l’entrepôt. Au moins parce que la camaraderie y a trouvé sa place.


Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18