Les Versets de l'oubli

Affiche Les Versets de l'oubli
Réalisé par Alireza Khatami
Titre original Los Versos Del Olvido
Pays de production France, Allemagne, Pays-Bas, Chili
Année 2017
Durée
Genre Drame
Distributeur Adok films
Acteurs Juan Margallo, Tomas del Estal, Manuel Moron, Itziar Aizpuru, Julio Jung, Gonzalo Robles
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
Bande annonce (Allociné)

Critique

Réalisateur iranien indépendant de 38 ans, Alireza Khatami a travaillé comme assistant avec plusieurs grands cinéastes de son pays, Asghar Farhadi en particulier. En 2000, son engagement politique le contraint à s’exiler, d’abord en Malaisie, puis aux Etats-Unis. Ses courts métrages, très remarqués, seront retenus dans de nombreuses sélections officielles de festivals internationaux.

Son premier long métrage, Les Versets de l’oubli, n’est pas un film de divertissement. On est en 2009, dans un pays d’Amérique du Sud (on parle espagnol), dans un immense cimetière de la périphérie d’une grande ville. C’est à la morgue réservée aux indigents qu’on fait la connaissance de l’employé responsable des pompes funèbres (interprété par Juan Margallo), un personnage de 75 ans qui se souvient de tous les détails de sa propre vie, sauf des noms des gens qu’il a croisés. Un jour des miliciens débarquent et se débarrassent des dépouilles de dix civils tués lors d’une violente manifestation politique. Après leur départ l’employé découvre le corps oublié d’une jeune femme: l’événement va réveiller chez lui des souvenirs mal enfouis (guerre civile, décès dans sa famille, brutalités subies). Il demande de l’aide - il s’agit d’identifier cette victime, puis de lui donner une sépulture décente - à son ami le fossoyeur et à une vieille dame qui cherche sa fille disparue depuis une trentaine d’années.

Plusieurs événements ont sans doute profondément marqué la vie du réalisateur, en particulier la guerre Iran-Irak qui a fait des centaines de milliers de morts. Après avoir quitté son pays natal, Alizera Khatami a parcouru le monde et découvert d’autres tragédies similaires. Parlant de son film, le cinéaste précise : «Mon film s’inspire des événements tragiques qui me tiennent à cœur. Des années durant, je n’ai pas eu le courage d’affronter ces souvenirs. Ce n’est qu’après avoir revisité les événements dans une autre langue et dans un contexte différent du mien que j’ai pu en parler et comprendre que l’amnésie historique entraîne la répétition inexorable de la violence. Les Versets de l’oubli répondent à la nécessité de se souvenir du passé et de résister à la violence de l’oubli. C’est une réflexion sur la politique de la mémoire, un hommage poétique à ceux qui se battent pour rendre justice aux inconnus».

Poème mélancolique et réflexion sur la mort, la mémoire et l’oubli, le film est plein de symboles qui peuvent se lire à de multiples niveaux: au-delà de l’histoire racontée, les protagonistes principaux parlent de leurs vies, de leur pays et de l’universel. Si le Chili sert ici de contre-point politique et social, n’importe quelle autre dictature ou guerre civile dans le monde aurait pu remplacer cette nation.

On relèvera l’extrême discrétion des quelques personnages du film qui, dans leurs gestes ou leurs paroles, dégagent paradoxalement une très forte présence sur l’écran. Le montage se veut classique et la mise en scène (une succession de plans fixes très travaillés) est parfaite.

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Antoine Rochat 15