Profil

Yvette Z’Graggen - Une femme au volant de sa vie

Affiche Yvette Z’Graggen - Une femme au volant de sa vie
Réalisé par Frédéric Gonseth
Année 2016
Durée
Musique Catherine Azad
Distributeur Cineworx
Age légal 6 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 790

Critique

Après Les Printemps du journalisme, Frédéric Gonseth nous revient avec un film documentaire sur l'écrivaine suisse méconnue Yvette Z'Graggen (1920-2012).

Entremêlant archives photographiques, commentaires personnels du réalisateur, mises en scènes fictives, à partir de témoignages d'Yvette Z'Graggen sur son passé, ainsi que des entretiens d'elle et de ses proches, le film retrace son parcours singulier, dans lequel l'écriture constitue non seulement un refuge aux problèmes familiaux, à la solitude, mais aussi un moyen de mener une existence plus intense, si bien que sa vie, dirigée selon ses propres désirs - attitude pour le moins difficile, peu commune et mal perçue à son époque - devient une matière pour l’art.
Le choix de créer une fiction à l'intérieur de ce documentaire, avec des comédiens interprétant Yvette et son entourage, s'il peut surprendre, s'avère judicieux. En effet, il met en évidence le processus même de création de ce film, qui, à partir d'archives, vient construire un récit parmi d'autres possibles. On relève par ailleurs que les comédiens ne parlent pas: c'est une voix off qui dirige la narration, comme pour signaler que le souvenir est construit en fonction du récit qu'Yvette en fait.
L'écriture, qui constitue le fil rouge d'Yvette Z'Graggen, va permettre un retour sur l'Histoire de ces années-là, notamment sur la Deuxième Guerre mondiale. Si l’auteure est alors indifférente, lors des événements eux-mêmes, à l'enfer quotidien de tant de réfugiés juifs désirant migrer en Suisse et d'individus au-delà des frontières, elle y reviendra pourtant, comme l'exprime Les Années silencieuses, paru en 1981, dans lequel elle questionne son refus de se confronter à cette horreur.
Face à la persévérance de cette femme, son intégrité et ses blessures, qu'elle expose sans détour, Frédéric Gonseth nous livre une belle œuvre offrant, en plus d'un questionnement sur le rapport entre parcours individuel et conscience politique, une visibilité à la littérature suisse - Corinna Bille, Maurice Chappaz, Nicolas Bouvier apparaissent aussi à l'écran -, invitant le spectateur à s'y (re)plonger.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 15