Tesnota – Une vie à l’étroit

Affiche Tesnota – Une vie à l’étroit
Réalisé par Kantemir Balagov
Titre original Tesnota
Pays de production Russie
Année 2017
Durée
Genre Drame
Distributeur Praesens Film
Acteurs Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova, Atrem Tsypin, Nazir Zhukov
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 787
Bande annonce

Critique

Ce film russe a été récompensé à la section «Un certain regard» du dernier Festival de Cannes. Il y est question du nœud de coutumes dans lequel se débat Ilana, jeune femme juive du Caucase.

Une vie à l’étroit? C’est dire bien peu de l’étouffement qui sous-tend ce film. Son auteur avait moins de 25 ans au moment du tournage. Né en Russie, dans le nord du Caucase où vivent des peuples peu connus - Kabardes, Balkares -, Kantemir Balagov se présente au public dans un carton qui suit le générique; son premier film s’inspire d’un fait divers qui s’est déroulé en 1998 dans sa ville natale de Naltchik, précise-t-il. En vrai garçon manqué, Ilana (Darya Zhovner) se plaît à seconder son père (Atrem Tsypin) dans son atelier de garagiste. Sa tranquillité est brisée lorsque son frère David (Veniamin Kats) et sa fiancée sont enlevés contre rançon. Les deux familles sont pauvres; leur entourage devient moins protecteur au moment de réunir l’argent. Ilana sera mise rudement à contribution pour sauver la vie de son frère.
«Je voulais installer mon film dans l’atmosphère du Caucase, très particulière à cette époque», explique le réalisateur au journal Le Monde. Ilana en est le révélateur. Jeune fille indépendante, peu décidée à se laisser brider, elle se heurte aux murs dressés tout autour d’elle. Celui de la tradition, par exemple; elle est juive, d’une communauté qui, sans être intégriste, respecte la tradition et veille à la façon dont elle est perçue. Cela introduit un autre mur, celui des sociétés différentes, juives et musulmanes, Kabardes et Balkares notamment, qui se regardent avec méfiance, restent sur leur territoire et se mêlent le moins possible les unes aux autres. Par ailleurs, les enlèvements contre rançon sont fréquents, provoquant un sentiment d’insécurité dans des quartiers peu éclairés, peu protégés.
«Ce qui m’intéressait surtout, c’était le personnage de la fille et sa famille. Car dans le Caucase, à l’époque, il n’y avait que dans les familles juives que les femmes étaient porteuses de rébellion.» Et, de fait, Ilana affiche d’entrée sa différence, les mains dans le cambouis, partageant une relation très chaleureuse avec son père. La mère, froide au contraire, maintient les règles et la discipline. La première rébellion d’Ilana se dirige donc contre cette mère qui ne l’a pas aimée, dit-elle. Plutôt que couper les carottes, elle se faufile dans les rues inhospitalières de son quartier pour y trouver un exutoire, amène le public à découvrir une ville morne, dépourvue de toute esthétique, mais aussi de toute perspective. L’alcool et la télévision distraient la jeunesse qui regarde des documentaires filmant à vif l’horreur de la première guerre tchétchène, à peine terminée.
Balagov donne une présence forte aux personnages en filmant de très près des visages fatigués, résignés. Ses images presque carrées sont souvent nocturnes, éclairées parfois par un rouge ou un bleu puissant. Il leur fait dire beaucoup et ne perd pas de temps avec les dialogues qu’il limite au nécessaire. L’étouffement se trouve ainsi imprégner, contaminer ceux qui croient pouvoir un jour s’émanciper. La violence est latente. Entre aspiration à la liberté, rejet des exigences, intense inquiétude pour son frère aimé, amour pour son père et malgré tout, la sécurité et le confort familiaux, il semble qu’Ilana va éclater. Pourtant, le réalisateur déjoue les pressentiments. Y aurait-il une issue, même dans les situations les plus inextricables? On se réjouit en tous les cas déjà du deuxième film de Kantemir Balagov.

Ce film russe a été récompensé à la section «Un certain regard» du dernier Festival de Cannes. Il y est question du nœud de coutumes dans lequel se débat Ilana, jeune femme juive du Caucase.

Une vie à l’étroit? C’est dire bien peu de l’étouffement qui sous-tend ce film. Son auteur avait moins de 25 ans au moment du tournage. Né en Russie, dans le nord du Caucase où vivent des peuples peu connus - Kabardes, Balkares -, Kantemir Balagov se présente au public dans un carton qui suit le générique; son premier film s’inspire d’un fait divers qui s’est déroulé en 1998 dans sa ville natale de Naltchik, précise-t-il. En vrai garçon manqué, Ilana (Darya Zhovner) se plaît à seconder son père (Atrem Tsypin) dans son atelier de garagiste. Sa tranquillité est brisée lorsque son frère David (Veniamin Kats) et sa fiancée sont enlevés contre rançon. Les deux familles sont pauvres; leur entourage devient moins protecteur au moment de réunir l’argent. Ilana sera mise rudement à contribution pour sauver la vie de son frère.
«Je voulais installer mon film dans l’atmosphère du Caucase, très particulière à cette époque», explique le réalisateur au journal Le Monde. Ilana en est le révélateur. Jeune fille indépendante, peu décidée à se laisser brider, elle se heurte aux murs dressés tout autour d’elle. Celui de la tradition, par exemple; elle est juive, d’une communauté qui, sans être intégriste, respecte la tradition et veille à la façon dont elle est perçue. Cela introduit un autre mur, celui des sociétés différentes, juives et musulmanes, Kabardes et Balkares notamment, qui se regardent avec méfiance, restent sur leur territoire et se mêlent le moins possible les unes aux autres. Par ailleurs, les enlèvements contre rançon sont fréquents, provoquant un sentiment d’insécurité dans des quartiers peu éclairés, peu protégés.
«Ce qui m’intéressait surtout, c’était le personnage de la fille et sa famille. Car dans le Caucase, à l’époque, il n’y avait que dans les familles juives que les femmes étaient porteuses de rébellion.» Et, de fait, Ilana affiche d’entrée sa différence, les mains dans le cambouis, partageant une relation très chaleureuse avec son père. La mère, froide au contraire, maintient les règles et la discipline. La première rébellion d’Ilana se dirige donc contre cette mère qui ne l’a pas aimée, dit-elle. Plutôt que couper les carottes, elle se faufile dans les rues inhospitalières de son quartier pour y trouver un exutoire, amène le public à découvrir une ville morne, dépourvue de toute esthétique, mais aussi de toute perspective. L’alcool et la télévision distraient la jeunesse qui regarde des documentaires filmant à vif l’horreur de la première guerre tchétchène, à peine terminée.
Balagov donne une présence forte aux personnages en filmant de très près des visages fatigués, résignés. Ses images presque carrées sont souvent nocturnes, éclairées parfois par un rouge ou un bleu puissant. Il leur fait dire beaucoup et ne perd pas de temps avec les dialogues qu’il limite au nécessaire. L’étouffement se trouve ainsi imprégner, contaminer ceux qui croient pouvoir un jour s’émanciper. La violence est latente. Entre aspiration à la liberté, rejet des exigences, intense inquiétude pour son frère aimé, amour pour son père et malgré tout, la sécurité et le confort familiaux, il semble qu’Ilana va éclater. Pourtant, le réalisateur déjoue les pressentiments. Y aurait-il une issue, même dans les situations les plus inextricables? On se réjouit en tous les cas déjà du deuxième film de Kantemir Balagov.

(Voir aussi l’article de Nadia Roch dans CF n. 769/70 – Cannes, p. 57.)

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 15
Adèle Morerod 12
Nadia Roch 16