I Am Not a Witch (Je ne suis pas une sorcière)

Affiche I Am Not a Witch (Je ne suis pas une sorcière)
Réalisé par Rungano Nyoni
Titre original I Am Not a Witch
Pays de production Grande-Bretagne, France, Zambie
Année 2017
Durée
Musique Matthew James Kelly
Genre Drame
Distributeur Outside the Box
Acteurs Margaret Mulubwa, Henry B.J. Phiri, Nancy Mulilo, Margaret Sipaneia, Travers Merrill, Nellie Munamonga
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 785
Bande annonce

Critique

Oscillant en ouverture entre fiction et documentaire, la réalisatrice d’origine zambienne, mais ayant grandi et vivant au Pays de Galles, offre un conte pour son premier film. Il raconte l’histoire de Shula, «la déracinée» (Margaret Mulubwa), 9 ans, mutique, accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières que visitent des touristes. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des hommes, la fillette a intégré le message qui la retient prisonnière: si elle s’enfuit, elle sera maudite et se transformera en chèvre... Asservissement ou liberté: finalement, que préférera-t-elle?

Tout comme ses aînées, Shula est retenue dans son dos par un long ruban qui, selon les temps de la journée et les activités, se déroule ou s’enroule à nouveau autour des bobines géantes rivées à un camion. Ce symbole fort crée à maintes reprises une étonnante esthétique qui habille avec légèreté l’image, malgré la gravité du sujet traité avec humour. Avec les sorcières, le rôle et la puissance de toutes les femmes sont remis en question, dénonçant au passage la collusion superstition-profit incarnée par un représentant du gouvernement, ridiculisé devant une reine de clan local.

Certes, il s’agit ici d’un conte, mais il atteste de l’Afrique et de ses paradoxes, ce continent conjuguant un développement en plein essor avec des croyances permettant de garder la mainmise et le contrôle d’une part de la population. Ainsi, l’enquête d’une policière pour déterminer si l’enfant est ou non une sorcière, les pratiques magiques (poulet écorché, prière pour la pluie, invocation des esprits), côtoient-elles de manière surréaliste une émission télévisée ou une tragique parodie de justice. Si le désir des touristes de ramener la photo rare (!) génère de la honte, tant il suggère que tout peut s’acheter, l’attrait des sorcières pour des perruques à la mode (Beyoncé) ne rassure pas sur les effets de la mondialisation.

Ce film, présenté à la Quinzaine (cannoise) des réalisateurs et tourné avec des non-professionnels, mérite le détour. Shula au regard farouche n’est certainement pas une sorcière, quant à la réalisatrice, vu son talent, on s’interroge.


Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 15