La Forme de l'eau - The Shape of Water

Affiche La Forme de l'eau - The Shape of Water
Réalisé par Guillermo del Toro
Titre original The Shape of Water
Pays de production U.S.A.
Année 2017
Durée
Musique Alexandre Desplat
Genre Fantastique, Drame, Romance
Distributeur Fox-Warner
Acteurs Michael Stuhlbarg, Doug Jones, Sally Hawkins, Richard Jenkins, Michael Shannon, Octavia Spencer
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 785
Bande annonce

Critique

Elisa (Sally Hawkins), latino-américaine, muette, travaille comme agent d’entretien dans un laboratoire militaire destiné à des recherches ultrasecrètes sur une créature amphibienne, malmenée par les agents de la sécurité. Elisa s’en éprend et fera tout pour la libérer à l’aide de Giles (Richard Jenkins), son voisin, un vieux peintre raté, féru de pâtisseries infâmes.

Là où bien des réalisateurs s’en seraient tenu à un vague suspense mâtiné de quelques effets spéciaux, le réalisateur mexicain de Hellboy et du Labyrinthe de Pan offre bien davantage. Il propose ici sur fond de Guerre froide et de Mouvement des droits civiques - nous sommes en 1963 aux Etats-Unis - une sorte de fable philosophique (dénuée de réalisme) sur l’altérité. Il s’intéresse aux peurs et aux répulsions que la créature engendre, comme à la curiosité et l’intérêt, voire l’amour, qu’elle peut susciter.

Ainsi, avant même de dévoiler ce qui se cache au sein du laboratoire où elle est enfermée, on fait connaissance avec Elisa, victime, en raison de son handicap, d'une mise à l’écart. Son regard est de ce fait un regard particulier, inédit, sur le monde qui l’entoure. La créature hybride qu’elle finit par approcher (comme le Renard dans Le Petit Prince) subit un rejet analogue à Zelda (Octavia Spencer), sa collègue afro-américaine qui prend soin d’elle et parle pour deux. Dans une société gangrenée par le racisme et la misogynie, l’autre fait peur; il faut s’en méfier et lui porter intérêt que s’il est exploitable. Sinon, il vaut mieux s’en débarrasser: les forces de l’ordre et de la sécurité étant prévues à cet effet.
Ainsi, Elisa en raison de son mutisme, Zelda parce qu’elle est noire et toutes deux parce qu’elles n’appartiennent pas au monde des chercheurs ou de la sécurité, souffrent d’exclusion. Toutefois, la difficulté que rencontre Elisa à nouer une relation amoureuse ne signifie pas qu’elle est dénuée de désir. C’est même ce qui la sépare de la majorité et qui la rapproche de la créature. Elle perçoit qu’au-delà des clichés, réduisant l’autre à un monstre ou à une bête sans intelligence, un être se cache et se dévoile tout à la fois.

Mêlant conte, rêve et dénonciation (politique), Guillermo del Toro livre, sans hésiter à jouer de la caricature et des allusions à ses pairs, un hymne étonnant à la tolérance où ce n’est pas l’intelligence qui prime, mais la sensibilité et la compassion éprouvée ou non selon une résonance personnelle. Elisa prend en compte ce qu’elle éprouve, sans jugement, et c’est cela qui l’ouvre à l’autre sans restriction morale. Alors qu’une part importante du film se déroule dans un décor glauque et sans fenêtre, sans ouverture, poésie et tendresse, peut-être plus qu’émotion, sont au rendez-vous; quoique, lorsque Madeleine Peyroux interprète La Javanaise…

Dans un monde qui prône soi-disant l’ouverture, La Forme de l’eau suggère avec beauté que le respect de la différence est capable de transformer une vie étriquée en une aventure hors du commun.

Lion d’Or à la Mostra 2017 de Venise

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 16
Adèle Morerod 12
Sabrina Schwob 14
Georges Blanc 15