Phantom Thread

Affiche Phantom Thread
Réalisé par Paul Thomas Anderson
Titre original Phantom Thread
Pays de production U.S.A.
Année 2017
Durée
Musique Jonny Greenwood
Genre Drame
Distributeur Universal
Acteurs Camilla Rutherford, Lesley Manville, Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Brian Gleeson, Harriet Sansom Harris
Age légal 10 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 784
Bande annonce

Critique

Après le psychédélique, et mineur, Inherent Vice (2014), Paul Thomas Anderson inscrit son dernier film, Phantom Thread, dans la lignée de ses grandes œuvres: Magnolia (1999), There Will Be Blood (2007) et, surtout, The Master (2012). A l'instar de ces deux derniers, il opte pour un protagoniste intransigeant et autoritaire. 

Une lumière cotonneuse embrasse les robes des mannequins, défilant gracieusement, et épouse la beauté des créations de Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis, déjà présent dans There Will Be Blood), styliste de haute couture. Si l'élégance se niche en chaque ourlet d'étoffe, s'exprime dans chacun des gestes, elle n'émane en tout cas pas du caractère de Reynolds et de sa sœur, Cyril (Lesley Manville), qui s'occupe de la gestion administrative du travail et de la vie sentimentale de son frère, afin de le conserver dans un environnement calme et tranquille, en somme propice à la création.
Des séquences de petit-déjeuner illustrent avec beaucoup d'humour l'emprisonnement du styliste dans un quotidien contrôlé au millimètre près, son obnubilation pour le travail et son incapacité à considérer l'autre en dehors de l'utilisation qu'il peut en faire, notamment pour ses créations vestimentaires… et, peut-être, pour combler un certain manque affectif – même si cela n'apparaît pas d'emblée. Habitué à déjeuner silencieusement, penché sur une feuille de papier sur laquelle il jette ses idées, la présence de l'autre est toujours trop importune et bruyante, exception faite de sa sœur, qui s'est soumise à ses exigences.

Alma (Vicky Krieps), ancienne serveuse qui a tout quitté pour s'installer avec Reynolds, parvient subrepticement, sournoisement, par une lutte quotidienne et une endurance à toute épreuve, à s'imposer dans sa vie, du moins par cycles. Allègre, sensible et aimante, elle a pour but de rendre plus animée l'atmosphère mortifère de la demeure de son futur mari, embourbée dans ses automatismes.
Lors de leur premier rendez-vous - sans doute l'une des scènes les plus réussies de Phantom Thread - Reynolds lui propose de poursuivre la soirée dans une de ses résidences secondaires. De cette passion naissante se profile pour le spectateur l'horizon d'une nuit qui se poursuivra dans l'intimité… Il n'en est pourtant rien. Le regard tendre du protagoniste devient autoritaire lorsqu'il demande à Alma d'essayer des robes qu'il a lui-même conçues. Alors que cette dernière n'a qu'une soyeuse chemise de nuit, qu'elle est à demi-nue, la sensualité potentielle de ce moment est avortée. Sans demander l’avis de sa compagne, il ordonne tout naturellement à Cyril de venir l'assister en notant les mensurations d'Alma; il la regarde comme un corps désincarné, sur lequel il pose et retire différentes étoffes. Le malaise augmente progressivement: Alma tente tant bien que mal de garder le sourire avant qu'il ne se dissipe totalement.

Phantom Thread semble, par-delà le caractère poussif, excessif de ses personnages, mettre en évidence la difficulté de concilier l'exigence, la rigueur, le contrôle nécessaires à un travail bien réussi et la possibilité de se laisser affecter par autrui, en dehors des instants, bien rares en l'occurrence, qu'on décide de lui octroyer.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 17
Georges Blanc 15
Adèle Morerod 14
Geneviève Praplan 15